La doyenne de Mézières s’est éteinte

Martine Thonney |

Verena Zweifel s’est éteinte comme une bougie, sereinement. Son cœur, ayant battu pendant plus de 97 ans, était devenu fatigué. Verena Zweifel ne l’avait d’ailleurs pas ménagé: sa vie durant, elle a travaillé avec ardeur et avec cœur! Tout ce qu’elle entreprenait était accompli à fond, dans le souci du labeur bien fait. Née le 10 janvier 1919, première d’une famille de quatre enfants vivant avec des cousins et cousines, elle a très vite aidé au ménage, au jardin, à la garde d’enfants, à la cuisine dans sa campagne bernoise. Après une année à Yverdon, elle est retournée en ville de Berne où elle a œuvré dans un magasin pendant six ans. Elle y a aussi rencontré Florian qui devint son mari en 1942. Leurs deux fils, Kurt et Max, sont nés respectivement en 1944 et en 1946. Florian, fils de paysan, travaillant dans une fabrique de munitions à Thoune puis dans une menuiserie dans la banlieue de Berne, avait toujours eu l’intention de gérer un domaine agricole. Il partait donc le samedi à vélo visiter des domaines… La Suisse romande n’étant pas un problème pour cet aventurier, voici ce dernier arrivé au Moulin de Mézières! C’était là qu’il se voyait déjà avec Vreni, Kurt et Max… Chose faite en avril 1951! Le jeune couple plein de courage s’attela à une tâche difficile qu’il voulait réussir. Au village, on voyait  plutôt Monsieur Zweifel puisque Madame était «de maison». Là, les qualités exprimées déjà dans son enfance firent merveille: éducation (en français) de ses deux petits garçons, cuisine (ses tartes aux pommes !), jardin, ménage exécuté «gründlich», soins aux animaux… Toujours à l’écoute des autres dans la discrétion, elle aimait les gens, donnait de précieux coups de main à ses locataires et entretenait des liens cordiaux avec son entourage.  Devenue veuve en 1996, elle continua à vaquer à ses occupations et parlait avec amour de sa famille, de ses quatre petits-enfants et douze arrière-petits-enfants. Elle avait alors du plaisir à monter, d’abord à vélo puis à pied, du Moulin jusqu’au village et y faire un brin de causette. Elle aimait voyager en Suisse avec le «P’tit Bus» de Pro Senectute, participer aux rencontres de la couture de la paroisse, tricoter, passer quelques jours aux Bains d’Ovronnaz et retrouver ses amis de la paroisse suisse allemande de Moudon. Souriante et toujours bien soignée, elle était reconnaissante de tout ce qui lui avait été donné.
Petit à petit, elle a eu davantage de peine à exécuter son ouvrage et elle a décidé d’entrer en maison de retraite, à Mézières, bien entendu. C’est donc à Praz-Joret qu’elle a connu encore de jolis moments durant les trois mois passés dans cet établissement. Notre doyenne s’en est allée le 13 février dernier. Mercredi 17  février, le pasteur de la paroisse du Jorat, M. Brito et son collègue de la paroisse suisse allemande, M. Göbel, ont accueilli au temple de Mézières une nombreuse assemblée qui tenait à rendre hommage à  cette grand-maman en or massif avec un cœur gros comme ça.