La chronique de Georges Pop – Automne

illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop |  L’automne est arrivé le lundi 23 septembre dernier à 7h50 et quelques poussières de secondes. Il laissera sa place à l’hiver le 21 décembre prochain. D’un point de vue astronomique, la troisième saison remplace l’été dès que, pour un bref moment dans sa course autour du soleil, notre planète lui présente son axe de rotation de façon à ce que les deux pôles soient exposés pareillement. A ce moment, le jour et la nuit sont de durée égale. Le cycle des saisons dans les zones tempérées est connu depuis l’Antiquité. Au 3e siècle av. J.-C., l’astronome et mathématicien grec Eratosthène avait déjà observé et calculé l’inclinaison de l’axe de la Terre qui est responsable des saisons sous nos latitudes. 

Le mot «automne» est un emprunt au latin «automnus» ou «auctumius», peut-être d’origine étrusque. Certains linguistes pensent qu’avant de désigner une saison, ce nom était celui d’une divinité. «Automnus» est attesté pour la première fois au 2e siècle av. J.-C dans les «Annales» du grand poète romain Quintus Ennius, considéré comme l’un des pères de la poésie latine. Le nom de cette saison n’apparut en ancien français que tardivement, vers le 13e siècle. Auparavant on employait le mot «gain» dans son sens originel qui définissait le moment des récoltes. Jadis en effet, dans nos anciennes économies agricoles de subsistance, «gagner» voulait d’abord dire «cultiver». A cet égard, il est intéressant de noter qu’autrefois les Anglais appelaient eux aussi l’automne «harvest» qui en français se traduit par «récolte». Puis, lorsque les paysans commencèrent à quitter les campagnes pour s’établir en ville, le mot «harvest» fut progressivement remplacé par «autumn» qui s’imposa dans la langue de Shakespeare vers la fin du 17e  siècle. C’est précisément ce même processus que l’on observa en France un peu plus tôt. Il faut noter encore qu’initialement «automne» était employé au féminin, usage largement répandu dans les textes des grands auteurs du 17e siècle. De nos jours, pour ne pas rompre avec le passé, les grammairiens ont tenté d’établir des règles entre l’emploi du masculin et celui du féminin. Ils ont décidé qu’automne est masculin quand l’adjectif le précède. On dira ainsi «un bel automne»! En revanche, il faudrait choisir le féminin lorsque l’adjectif suit immédiatement le substantif, comme dans «une automne délicieuse». Mais il faut bien reconnaître que cette règle un peu alambiquée est largement méprisée et ignorée, y compris par les correcteurs de nos ordinateurs qui rectifient sans merci la moindre atteinte au masculin. Plus encore peut-être que le printemps, l’automne est une saison qui inspire les poètes. La chute des feuilles et les couleurs de l’arrière-saison inclinent à la nostalgie, à une douce mélancolie et parfois même à l’accablement. Dans son «Chant d’automne», Charles Baudelaire évoque, avec une pointe de morbidité, le proche hiver de sa vie et l’approche inéluctable de la mort. Dans «Automne», Guillaume Apollinaire évoque l’infidélité, le mensonge et un amour trahi dans le brouillard qui précède l’hiver. Bien que pleins de tristesse, les plus beaux vers sur l’automne ont sans nul doute été écrits par Paul Verlaine : « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure, je me souviens des jours anciens et je pleure. »