La Chandeleur

Propos recueillis par Rosane Schlup  |  Aujourd’hui, à midi, on a mangé des crêpes en classe. Pour de vrai, c’est le 2 février, sauf que ça allait pas pour Marco qui était pas là et Coralie non plus et ça allait pas non plus pour mon copain Nathan. La maîtresse, elle dit que ça devient un agenda de «Minnie» à gérer, tous nos rendez-vous de logo, de psy, de HP, de pédiatre et tout et tout et qu’elle s’en sort plus. Elle colle des post-it roses fluos un peu partout sur son bureau. Les filles, elles aiment bien ça, le rose. La maîtresse, comme ça, avec tout ce rose, elle s’en sort très bien. Les jours avant les crêpes, on a dû faire des monstres travaux de recherches et d’activités. On a dû dire avec quoi on faisait les crêpes. On a tous répondu avec du «nutella» sauf que la maîtresse voulait plutôt savoir ce qu’il fallait pour faire la pâte à crêpes, alors on a dit que c’était facile, qu’on faisait la pâte à crêpes avec de la pâte à crêpes.

Après on a appris deux nouveaux mots: ustensiles et ingrédients et on a dû découper et coller des images dans les bonnes colonnes sur une feuille. Coralie a encore pleuré parce qu’elle avait perdu le robot-mélangeur, mais il était deux fois chez son voisin et Marco a dû retourner chercher ses œufs dans la corbeille à papier parce qu’il les avait pas vus et ça lui a pris toute la matinée à chercher les petits œufs. Il trouvait que des cœurs et des flèches de ceux qui s’exercent pour le 14, mais pas son image, alors il les a dessinés ses œufs et ils ressemblaient à des patates. Ça nous a tous fait bien rigoler. On pensait que c’était fini pour cette histoire de crêpes, mais le lendemain, on a encore dû réfléchir et calculer les fameux ingrédients pour la classe. La maîtresse a écrit la recette au tableau et on devait trouver pour vingt élèves. A la fin, on est arrivé à 20 litres de lait, 60 œufs, 10’000 kilos de farine et pour la pincée de sel, on pouvait pas trop savoir. Maman dit que si on met trop de sel, on est amoureux. Il faut faire attention avec le sel. Il faut pas abuser, c’est pas bon pour la santé. La maîtresse a dit qu’on était vraiment des très gros mangeurs parce que sa recette à elle, c’était  déjà pour 4 gros mangeurs. On était très fiers, mais je sais pas pourquoi, elle a quand même tout recalculé pour des petits mangeurs…

Une fois que tout a été en ordre, on a encore dû recopier toute la recette et faire attention aux majuscules et à la marche à suivre et c’était long. Nathan, il était pas d’accord d’écrire, parce qu’il a dit que de toute façon, y avait qu’à aller sur internet. Nathan, il fait toujours des taches avec sa plume. Il aime pas écrire, mais il a dû faire quand même s’il voulait manger les crêpes. Pour midi, on devait amener des ingrédients. On avait fait une liste pour se répartir les choses. Moi, j’avais pris de la confiture à la fraise et Coralie a encore pleuré, mais c’était à cause de ses oignons. Quand on s’est mis à table, la maîtresse a dit que ce qu’on faisait, on devait le manger. Au début, c’était normal, mais après, mon copain Nathan, il a voulu essayer une nutella-gruyère et une oignon-fraise et on l’a tous copié. Marco à la fin, il a dit qu’il en avait mangé 36 et il a voulu savoir si on pouvait en manger 1000 et qui c’était qui avait le record du monde des crêpes. La maîtresse savait pas, alors j’ai dit que je regarderai dans le grand livre des records de mon papy. Il y a l’homme le plus gros du monde.

Quand papa est rentré du travail le soir, il a dit qu’il nous emmenait tous dans une crêperie bretonne. Il a dit que je  pourrai manger une  grande crêpe au nutella et que lui, il allait boire du cidre «bouché». C’était sûrement pour me faire rire, sauf que j’ai fondu en larmes. J’ai dit que moi, Chandeleur ou pas, je préférais aller à la pizzeria et manger des spaghettis. Papa m’a regardé bouchée bée, les yeux comme deux ronds de flan. C’est vrai quoi, des crêpes, j’en ai soupé.

Nicolas, 7 ans et demi