Halloween pour de vrai

Laurent Vinatier | Samedi dernier fut terrifiant… Par chez nous, d’obscurs squelettes, plutôt de petite taille, couraient avec des citrouilles à la tombée de la nuit; des morts-vivants blafards, à peine plus grands d’ailleurs, passaient sur les chemins de nos lotissements paisibles. On apercevait çà et là sorcières et loups garous, certains avec des bières à la main au sein de lieux bruyants et festifs, d’autres plus inoffensifs avec de petits paniers, parfois associés à des morts-vivants blafards, qui criaient «farce ou friandise? » La menace était sérieuse et beaucoup, en mémoire de leurs illustres prédécesseurs celtes, n’hésitaient guère à punir les récalcitrants qui ne donnaient rien. Par chance ici, les pouvoirs se sont légèrement émoussés. Les exigences aussi ont évolué: les sacrifices humains qu’autrefois les druides demandaient aux villageois pour calmer les esprits des morts et leur éviter une malédiction, se font plus rares. Il reste avéré cependant, aujourd’hui comme avant, que la paix et la tranquillité se négocient. La sécurité a un prix.

Ailleurs dans le monde, Halloween ou pas Halloween, le message passe tous les jours. En Syrie, samedi, il y eut encore 70 morts et plus de 500 blessés dans l’attaque d’un marché par l’aviation gouvernementale syrienne qui a aussi frappé l’hôpital (pour être sûr). En Turquie, après l’attentat suicide d’Ankara le 10 octobre qui a fait 100 morts, la note de l’engagement militaire contre les Kurdes et parfois contre l’Etat islamique commence à atteindre des niveaux indécents. Parallèlement, le président Erdogan qui a organisé le 1er novembre de nouvelles élections parlementaires, car les précédentes ne lui ont pas apporté la majorité absolue espérée, devrait aussi mettre un peu d’argent de côté. Il est improbable qu’il s’en sorte sans lâcher du lest ou trouver un compromis avec d’autres forces politiques. C’est le prix à payer s’il veut rester et d’une certaine façon aussi pour assurer la stabilité turque.

C’est en Russie une nouvelle fois que le message tragique – gentiment symbolisé par Halloween – s’est fait entendre avec le plus de force. Samedi, un avion de ligne s’écrase avec 224 personnes à bord, exclusivement des touristes qui n’ont rien demandé à personne. L’Etat islamique dans le Sinaï revendique un attentat; le problème technique semble plus probable. Quoi qu’il en soit réellement, ce crash n’est qu’une terrible illustration de ce qui se répétera sans doute sous d’autres formes. Si ce n’est pas cet avion, l’Etat islamique en détruira un autre. La Russie, intervenant en Syrie contre les «terroristes islamistes de tout ordre», se voit douloureusement rappeler que ces types d’engagement ne restent pas sans conséquences. Espérons que les Etats-Unis, l’Angleterre, la Turquie et la France, le savent déjà. Les druides celtes, eux, avaient bien compris le mécanisme mais le deal était plus simple à l’époque: un don et pas de malédiction. De nos jours et sur le dossier syrien en particulier, tout le problème est de savoir si notre sécurité dépend vraiment d’une intervention en Syrie… Il ne faudrait pas que le coût dépasse les bénéfices.