«Maria by Callas» – La prière de Norma, pour toujours

«Maria by Callas», un documentaire de Tom Volf

Colette Ramsauer  |  40 ans après la disparition de Maria Callas, le film ravive le mythe de la célèbre cantatrice. Il révèle une artiste dépassée par sa popularité.

Interview pour fil rouge
Jeune réalisateur insolite, Tom Volf dit avoir découvert la diva sur Youtube, au retour du Met où il venait d’entendre un opéra pour la première fois. Fasciné par la voix de l’artiste, il s’interrogea sur sa personnalité que la notoriété dissimulait. A partir d’un foisonnement d’archives, la plupart dévoilées depuis peu, le film suit Sophia Cecelia Kalos d’origine grecque, dite La Callas ou Maria Callas, dans les lieux où elle vécut, New York, Athènes, Paris, en Italie, et lors de ses nombreux déplacements vers les opéras de par le monde où elle interpréta «Norma» d’abord, mais aussi «Madame Butterfly», «Violetta», «Carmen» et autres grands rôles. «Quand le public vous donne tant, vous voulez en donner plus et c’est sans fin» disait-elle lors d’une interview dans laquelle elle se confie et qui sert aujourd’hui de fil rouge au documentaire de Tom Volf, et en justifie le titre.

La gloire et ses revers
Des images surprenantes évoquent un temps révolu où les journalistes stupidement harcelaient les célébrités de questions. On la voit adulée par son public, entourée de ses admirateurs de la jet-set, sur le tournage de Médée au cinéma, vivre en solitaire ses amours perdues ou des épisodes tragiques lorsque sa voix trop sollicitée ne lui obéissait plus. Voix qu’elle sacrifia pour son art, tout comme sa santé et la famille qu’elle aurait voulu fonder. Pour l’amour d’un fumeur de Havane sans états d’âme, l’armateur grec Onassis, elle faillit abandonner sa carrière.

«Une chanteuse doit être grassouillette»
A sa voix d’exception, son intelligence vive, son sourire à fendre les coeurs, s’ajoutait une générosité sans bornes. N’apprenez pas aux Grecs à être généreux, ils le sont naturellement. La Callas l’était et sa mère – bien qu’autoritaire et envahissante – à sa manière: «Une chanteuse doit être grassouillette, une bonne voix ne s’épanouit que dans la graisse» disait-elle. On l’imagine dans sa kitchen new-yorkaise à préparer baklavas et kadaïfs pour sa fille!  Plus tard, La Callas prêta sa silhouette à la collection d’un grand couturier. Elle avait perdu 15kg… et sa santé!

Aria éternelle
Une tessiture exceptionnelle de soprano, la maîtrise de l’appoggiature, sa recherche d’absolu, firent d’elle une artiste hors norme. Elle innova l’opéra par ses dons de tragédienne. Montserrat Cabalé, autre célébrissime, disait d’elle: «Elle a ouvert une porte aux chanteurs lyriques du monde entier, donné une chance en la suivant de réaliser des choses qui étaient impensables avant». La télévision des années 60 aidant, sa popularité ne tarda pas à devenir planétaire. Elle mourut subitement à 53 ans, à Paris le 16 septembre 1977. L’aria «Casta Diva» la prière de Norma cueilleuse de gui, extrait de «Norma» de Bellini, perdure à jamais le souvenir de sa voix sublime.

Fanny Ardent à la lecture
Tom Volf conjugue avec photographies et reflets filmés de professionnels et d’amateurs, documents pour certains restés secrets jusqu’à ce jour chez des proches de la diva. Il invite l’actrice Fanny Ardent à la lecture de correspondances de La Callas à son amie Elvira de Hidalgo, sa professeure de chant à Athènes. Maria n’avait de cesse de la remercier. La reconnaissance était une autre de ses qualités.

Maria by Callas, 2017, F, 113’, 16/16 ans
Documentaire de Tom Volf avec Maria Callas et la participation de Fanny Ardent
Au cinéma d’Oron le jeudi 11  et le dimanche 14 janvier à 20h ainsi que le samedi 13 janvier à 18h