Freddy Buache Hommage, souvenirs

Figure emblématique du paysage culturel lausannois, cofondateur de la Cinémathèque suisse

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Colette Ramsauer  |. Depuis peu, le monde du cinéma est orphelin d’un père, d’un maître, d’un amoureux. S’il y a quelqu’un qui lui aura tout donné, c’est bien Freddy Buache qui nous a quittés le 28 mai dernier à l’âge de 94 ans ! Figure emblématique du paysage culturel lausannois, cofondateur de la Cinémathèque suisse, critique caustique, auteur de plusieurs livres sur le cinéma, enseignant, il était connu bien au-delà des frontières. Sa passion pour le 7e art et ses nombreuses relations lui ont permis de rassembler, les sauvant bien souvent, d’innombrables films qui font de notre cinémathèque une institution mondialement reconnue.

Le professeur

Je me souviens, c’était dans les années 90. Je suivais ses cours sur l’histoire du cinéma, qu’il a dispensés jusqu’à très récemment, à la salle de la cinémathèque de Montbenon. Selon lui, le vrai cinéma s’était arrêté avec la venue du parlant. Ce qui laissait certains élèves dubitatifs même lorsque enthousiasmés par la projection d’un film culte comme Metropolis de Fritz Lang. La voix, la gestuelle de Freddy Buache sont mémorables. Je vois encore le professeur donner son cours debout, s’appuyant d’un bras au vieux piano noir à droite de l’écran, et au dessus de nos têtes à gauche, le portrait géant de Louise Brooks, son élégie, son actrice fétiche du cinéma muet, essentielle épopée qu’il défendait assidûment. 

Le cousin

Freddy Buache a passé sa petite enfance à Villars-Mendraz, où ses parents tenaient le café de la Poste. La famille déménagea plus tard à Lausanne, à l’avenue de France. La mère de Freddy était une Jaton. Son neveu, Alex Jaton, habitant de Mollie-Margot, se souvient de son cousin : « Je le voyais régulièrement parce que vivant chez ma tante et mon oncle qui m’avaient hébergé alors que j’étais en formation à Lausanne. Freddy venait les trouver chaque semaine pour le repas de midi que je partageais souvent avec eux. Déjà, son intelligence m’impressionnait. Je vois encore la bibliothèque de sa chambre croulant sous les livres. Sa mère lui disait de faire attention à ceci et cela et il repartait toujours avec un pot de confiture dans sa sacoche! Dans le vestibule, des photos du fils en tenue de lieutenant, exposées non sans fierté, rappelaient que la mob avait passé par là!» Alex Jaton se souvient aussi: «mon cousin, chaque été avec son épouse, passait plusieurs semaines dans le Val d’Anniviers, loin des écrans, des foules…» Question de se ressourcer, pour mieux servir la cinématographie. Qui lui doit beaucoup.