Fêtes des Vignerons 2019

Pierre Monachon vigneron à Rivaz et vice-président de la Confrérie

Propos recueillis par Christian Dick |. Pierre Monachon est vigneron-encaveur à Rivaz, vice-président de la Confrérie des Vignerons et membre du Conseil de direction. Il a dès 2011 été actif à la création de la Fête. Il a bien voulu recevoir Le Courrier dans son carnotzet.

Quel est le rôle d’un vice-président? Il remplace l’abbé-président en cas d’empêchement et participe activement aux séances et réunions. L’activité est vaste et l’occupation très variée.

Es-tu impliqué dans l’organisation de la Fête dès le début? J’ai participé depuis 2011 à toutes les séances de création, à savoir le choix des auteurs, des musiciens, des créateurs, du choeur. A toutes les étapes, nous avons rencontré des personnes enthousiastes. Ce qui frappe d’emblée, c’est un dévouement remarquable de la part de toutes les personnes impliquées dans cet événement. Il y a beaucoup de répétitions, de précision dans le jeu de scène, et tout le monde y contribue remarquablement.

Tu t’es exprimé en public le 7 juillet lors d’une répétition en appelant les vignerons-tâcherons à te rejoindre sur la scène ouest, suivis des membres du Conseil. Quelle émotion ressent-on à ce moment-là? La musique est solennelle, le moment unique. Il s’agit d’appeler par son nom chaque vigneron-tâcheron qui s’est dévoué à sa vigne. Du fait du Couronnement, le spectacle dure une demi-heure de plus. Alors oui, c’est un moment de grande émotion.

Est-ce toi qui appellera les 74 vigneron(ne)s-tâcheron(ne)s lors de la cérémonie du Couronnement le 18 juillet? Oui. D’abord, j’appelle les vignerons récompensés par le bronze et l’argent, ensuite les médaillés d’or qui, à tour de rôle, monteront sur une scène intermédiaire.

Tu étais syndic, tu navigues encore, toujours admirablement, tu étais président de la Commission intercommunale de Lavaux, garant et répondant de l’UNESCO qui a classé ce paysage au patrimoine mondial, tu es encore président du label Terravin qui consacre les meilleurs vins vaudois et président du Conseil d’administration de Lavaux Vinorama.On t’a également vu à l’organisation de la Régate des Vieux Bateaux. Tu t’es toujours trouvé des occupations extraordinaires, mais le 12 août ne vas-tu pas ressentir un certain vide? Il y a toujours à faire. J’ai arrêté la chose publique après 12 ans de syndicature et remis en 2015 mon domaine à l’un de mes fils, Basile. Je me bats encore pour la défense d’un métier extraordinaire, celui de vigneron. Mais il est fragile. La globalisation, différents facteurs font que rien n’est acquis, que beaucoup de problèmes surgissent et rendent l’exploitation d’un domaine parfois difficiles.

La Fête a beaucoup fait parler d’elle, dès le début, notamment avec quelques problèmes. Gigantisme, problèmes avec les commerçants, circulation, prix de vente, crainte du marché gris et plus récemment QoQa, absence de références aux divinités antiques, ménagement de la faune et de la flore aquatique lors de la pose des pilotis, terrasses de la Confrérie dérangeantes, interdiction des drones et de naviguer à proximité de la place du Marché. Tout s’est-il finalement bien arrangé? 150 journalistes ont répondu à l’invitation de la Confrérie mardi 8 juillet. 1000 figurants costumés ont interprété quatre scènes. Nous sommes arrivés au coeur de la Fête. La TV a rendu publique ces images. L’effet a été extraordinaire. Certaines décisions n’ont pas été faciles à prendre comme de prendre le risque de ne pas remplir l’arène le jour du Couronnement. Mais en fin de compte, le résultat est à la hauteur de nos attentes. 

Il reste des billets à vendre. Y a-t-il une relation avec les cantons invités? Certains cantons attirent évidemment plus que d’autres. Le soir plaît aussi davantage. Mais idéalement, il faudrait assister deux fois au spectacle. L’événement est unique. Il ne se répète qu’une seule fois par génération, et à chaque fois, le spectacle, la musique, la mise en scène, la présentation seront différents.

50 caveaux ont été accrédités, 15 sont labellisés. On t’a vu récemment lancer une recherche pour des bénévoles. La tâche n’est-elle pas plus contraignante qu’en 1999? Le caveau de la Confrérie est en fait un caveau privé. Nous possédons 900 adresses et ne devrions pas rencontrer trop de difficultés, même si, globalement, la procédure d’enregistrement d’un caveau est plus difficile qu’il y a vingt ans.

Le programme de «Ville en Fête» est époustouflant. Et il est gratuit. Comment rentabilise-t-on une telle prestation? Tout est gratuit, même les cortèges. C’est un gros effort que consent la Confrérie. Le sponsoring nous aide à hauteur de 20 millions. La billetterie assure la grande totalité des dépenses. C’est dire son importance. Et contrairement à l’opéra ou au théâtre, le spectacle n’est pas subventionné. Le prix du billet correspond à celui l’offre. Nous avons également été fermes. Toutes les demandes des créateurs n’ont pas été réalisées, mais ce qui devait l’être l’a été.

Etais-tu déjà impliqué en 1977 et en 1999? En 1977, j’étais l’un des 60 porteurs de soleil, et en 1999 responsable de la Troupe des paysans de 1791 et vice-président de la Troupe de l’été. Je me rappelle de longues soirées à coller des timbres pour convoquer les figurants. Pour cette Fête, nous avons eu, dès janvier, 4 à 5 réunions par semaine avec une multitude de détails à régler comme la mobilité, la sécurité, la musique, la scène, le jeu des figurants, entre autres.

As-tu des souvenirs particuliers? J’en ai énormément. Nous avions beaucoup de répétitions qui m’ont laissé des souvenirs formidables. Disons que de relier entre eux des gens d’âges et de milieux différents, qui ne se connaissent pas, qui vont ensemble faire grandir un projet qui les rapproche, rend cette Fête unique.

Ton épouse travaille aux costumes, ton fils aide-t-il aussi dans l’organisation de cette Fête? Est-ce une affaire de famille? Mon épouse est également figurante dans la troupe de la Saint-Martin. Un de mes fils est percussionniste avec son épouse. Mon autre belle-fille joue dans la troupe des Cent pour Cent. A une exception près, on peut dire que c’est en effet une affaire de famille.

Alors que les répétitions touchent à leur fin, peut-on déjà dresser un bilan? On peut parler d’une expérience résolument unique. Assister aux répétitions des figurants en costume et en musique est un émerveillement. Les effets du plateau LED sont exceptionnels. L’aboutissement pour tous ceux qui ont bossé et se sont donnés pour la réussite de cette Fête est une sacrée récompense.

Aimerais-tu ajouter quelque chose? La Fête des vignerons est un événement unique qui n’a rien à voir avec aucun autre spectacle. C’est grandiose. Ce serait vraiment dommage de manquer ça.