Fête des Vignerons – La chronique de Bacchus

... Me reviennent des moments de brumes, des moments de vérité Mais oui… In vino veritas disait-on jadis

Bacchus  |. En 1819, un grand-prêtre me précédait, moi, porté sur la barrique qui allait affecter ma réputation à jamais. Cérès est également portée, sa faux à la main, tout le symbole des moissons. Le Suisse fait son apparition. C’est lui qui posera fièrement devant le programme de la Fête de 1889. J’y suis représenté sur un char, saluant la foule du haut d’une barrique à laquelle on m’associera définitivement. En 1865, la Fête est brillante. Les quatre divinités grecques ne sont pas lémaniques, on le sait, ni même Noé apparu en 1833, mais elles rappellent au citoyen les bienfaits de la terre par ceux qui la fertilisent. C’est allégorique. En 1889, la Fête des Vignerons bénéficie du grand retour à la nature initiée dans la seconde moitié du XIXe siècle. C’est l’époque où poètes et romanciers chantent les moeurs villageoises et quittent villes et salons. Quoi de plus naturel donc, que de faire encore figurer Cérès, Palès, Bacchus et Silène. Cette fête, semble-t-il, a été retardée par les conséquences de la guerre franco-prussienne, une crise économique, la lutte contre le phylloxéra et de maigres récoltes. Pour qu’elle soit réussie, une fête doit s’inscrire dans un climat de prospérité et de paix. Ce n’est qu’au début de 1888 que la Confrérie arrêta les dates de la prochaine fête, les 5, 6, 8 et 9 août 1889. Un jeune compositeur siégea dans la commission de poésie, musique et ballets. Gustave Doret proposera son maître et ami Hugo de Senger et composera la musique des fêtes de 1905, l’année des magnifiques affiches Art nouveau d’Ernest Biéler, et de 1927. En lisant 24Heures, j’ai découvert dans son courrier des lecteurs quelques avis, le plus souvent de lecteurs déçus par le choix de la Confrérie sur les divinités, parfois par trop de modernité s’éloignant d’une tradition. Mais qu’est-ce qu’une tradition? J’ai entendu dans une cave, à une heure buvable, cette définition intéressante: «Une réussite qui a perduré». Les armaillis sont présents depuis 1819 à Vevey et chantaient en choeur le Ranz des Vaches. Pour la première fois, en 1889, cet hymne fut chanté par un soliste. La formule a réussi, devenant une tradition. Se dire «Santé» en levant son verre va perdurer, mais le dernier soliste du Ranz comme mon dernier chant, accompagné du cri des bacchantes, auront pris fin en 1999. Peut-être qu’un jour renaîtront ces traditions. En attendant se lève une aube nouvelle et technique avec une information pour la majorité des figurants. Il était temps. Leurs répétitions vont commencer début 2019. Pour les chanteurs, choristes, instrumentalistes, elles sont prévues pour la rentrée en septembre déjà.

Les Armaillis de 2019