Fête des Vignerons 2019

C’est le plus beau travail de ma vie! Giovanna Buzzi, la créatrice des costumes

Giovanni Buzzi, costumière, à droite sur l’image, et Ambra Schumacher, son assistante

Propos recueillis par Christian Dick |. Giovanna Buzzi a remporté deux prix Abbiati, le prix de la critique lyrique italienne, le premier en 1989/1990 pour les meilleurs costumes au Rossini Opera Festival, le second en 2004/2005 pour les meilleurs costumes lyriques au Teatro San Carlo à Naples. Elle découvre le monde du théâtre grâce à Luca Ronconi dès 1978 au Laboratorio di Prato. Elle ouvre en 2006 son atelier Slowcostume à Rome et crée les costumes du spectacle de clôture des JO de Turin dirigé par Daniele Finzi Pasca. Avec le même directeur, elle conçoit plus de 8000 costumes pour les cérémonies de clôture des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2014 à Sotchi. Dès 2016, grâce au spectacle itinérant du Cirque du Soleil Luzia en tournée mondiale, elle obtient en 2017 le Metropolitan Fashion Award pour le titre de costumière de l’année.

Dans les faits et plus précisément pour la Fête des vignerons, comment s’est déroulée la création d’un costume, de l’esquisse à sa remise à l’acteur-figurant? Daniele Finzi Pasca et moi entretenons une excellente collaboration depuis des années. Il m’a demandé un jour si «Le plus beau travail de ma vie» m’intéressait. Il s’agissait de créer plusieurs milliers de costumes pour des figurants qui le porteraient tous les jours durant plus d’un mois et qui le conserveraient très probablement toute leur vie. L’abbé-président, quelques délégués et moi nous sommes rencontrés une première fois à Vevey pour un début de collaboration. Je suis venue ensuite régulièrement. J’ai montré mon atelier à Rome, visité ici les vignes pour m’imprégner de l’histoire et de l’âme de la Fête des vignerons. Avec Sabine Carruzzo, j’ai étudié et vu d’anciens costumes. Que racontent-ils? Quelle est leur histoire? J’ai reçu des conseils et j’en ai dégagé les motifs principaux. Des esquisses sont apparues puis j’ai confectionné des prototypes. Toutes les séances de création ont commencé en 2017, les prototypes en 2018 et cette année ce dernier dimanche 5913 costumes ont été essayés. C’est mille par mois depuis janvier. A un moment donné, la question s’est posée de réaliser les costumes en Suisse ou en Italie.

Les réalisations précédentes vous ont donc inspiré? Evidemment. Je suis habituée à travailler à partir d’éléments concrets. J’ai besoin d’échantillons, d’une base, de réalité. Différents faits m’ont inspiré de nouveaux costumes. C’est la réalité de l’histoire.

Chaque costume d’une même troupe diffère légèrement d’un autre. Etes-vous à l’origine de cette réalisation? Le vœu de Daniele était que tous les costumes soient magnifiques. J’ai travaillé sur des images, réalisé des tableaux et suis parvenue à une réalisation concrète. Et c’est vrai, chaque costume d’une même troupe diffère légèrement de l’autre, dans un détail ou une couleur. Chaque costume est inédit et tous ont leur touche personnelle.

Y a-t-il eu des contraintes? On l’a vu sur des esquisses anciennes. Aux Cent Suisses, Daniele a ajouté la troupe des Cent pour Cent. Ce sont de tout nouveaux costumes avec les mêmes couleurs, le rouge et le blanc de votre drapeau national, mais avec des motifs inédits.

Avez-vous une préférence pour un costume en particulier? Non. Il y a pour chaque costume une motivation particulière. La beauté réside dans l’utilisation, pas pour la beauté elle-même. La beauté dépend de l’histoire à raconter.

Combien de personnes travaillent-elles à la réalisation des costumes? En tout, 400 personnes, ici et en Italie. Tous ont leur nom dans un grand livre. Il faut dire aussi que les bénévoles accomplissent un travail magnifique. On ressent infiniment mieux leur joie que dans des Olympiades.

Avez-vous quelque chose à ajouter? Giovanna Buzzi montre son agenda dans lequel figure un autocollant du Championnat du monde des tracassets. C’est un événement auquel elle a assisté et qui a aussi façonné sa manière de voir la Fête.

Ambra Schumacher est l’assistante de Giovanna Buzzi. Les deux créatrices collaborent ensemble depuis les JO de Turin en 2006 et le spectacle Luzia du Cirque du Soleil. Elle trouve l’accueil des figurants à leur costume magnifique. Beaucoup d’entre eux remercient pour la beauté de leur costume. «C’est comme une deuxième peau» a-t-elle relevé. Elle considère également comme une grande richesse de participer à cette Fête des vignerons.

Avez-vous des projets après cette Fête? Einstein on the Beach est un opéra mis en scène par Daniele qui aura lieu en septembre au Grand Theâtre de Genève, auquel nous collaborons.

Un dernier mot? Il revient à Giovanna: «C’est le plus beau travail de ma vie.»