Fernande s’en est allée préparer ses fameux plats dans l’au-delà

Elle incarnait l’expression : avoir le cœur sur la main

Gil. Colliard | Jeudi 12 mars, l’église de Forel (Lavaux) accueillait Fernande Poget, sa famille, ses amis et connaissances qui l’accompagnaient pour un dernier au revoir. Un moment de recueillement et de remerciements pour celle qui incarnait l’expression: avoir le cœur sur la main. 

Une cuisinière hors pair

Fernande est née le 7 octobre 1948, à Forel (Lavaux), aînée de la famille de Fernand et Alice Flotron. Il lui fallut attendre 12 ans avant d’avoir à chérir son petit frère Daniel qu’elle a très vite pris sous son aile. Son enfance s’est déroulée dans la ferme familiale de Mau-Paccot. Elle a suivi son cursus scolaire dans son village. Montrant déjà des dispositions pour une passion qui ne la quittera pas, elle reçut le prix de cuisine lors de son école ménagère. Jeune vendeuse, elle débuta son activité professionnelle à la Coop de Savigny, puis à la boucherie Cornu toujours à Savigny avant de partir dans la succursale de Bossonnens au côté de Pierre Bader. Chargée des livraisons, elle parcourait la campagne, au volant de sa R4. Elle suivit son patron, lorsque celui-ci revint s’installer au Forum à Savigny et commença avec lui une activité de traiteur. Là ce fut un déferlement de buffets chauds, froids, de morilles farcies, de soupes, paëllas, desserts, tourtes géantes, vacherins glacés, etc. Que de repas de sociétés, de familles, d’anniversaires, entre autres, ont été confectionnés. Son plus grand bonheur était de faire plaisir à ses convives.

Toujours prête à accueillir et faire plaisir

En 1967, elle unit sa destinée à Daniel Poget, rencontré lors d’un bal. Ils s’établirent dans la maison à côté de la ferme natale de Fernande. De 1967 à 1970, Mireille, Martine et Jean-Luc vinrent agrandir la famille. « J’ai été élevé au milieu de mon neveu et mes nièces que je considérais comme mon frère et mes sœurs, vu que nous n’avions pas une grande différence d’âge » se souvient le préfet de Lavaux-Oron. A Mau-Paccot, tout le monde est musicien à l’exception de Fernande. Petite, elle avait pourtant émis le désir d’apprendre la « schwitzoise », mais Forel (Lavaux) était le fief de l’accordéon chromatique et le refus fut sans appel. Habitant à côté de la ferme familiale, elle y apporta son aide et fit les marchés quelques années. Elle aimait particulièrement les animaux, elle avait des canards, des poules, des oies, des pigeons et son cochon « Sidonie » qui la suivait jusque dans la cuisine. Une cuisine avec une grande table pour accueillir et faire à manger. « Elle s’inquiétait des mets qui faisaient plaisir à chacun et il n’était pas rare d’avoir plusieurs plats sur la table. Un ami lui a offert une planche avec l’inscription: Au bon accueil. Elle est toujours placée à l’entrée de la maison, bien que celle-ci ait été vendue » relate son frère. Les années ont passé, les enfants se sont disséminés pour faire leur vie. 7 petits-enfants ont ravi leurs grands-parents. En 2008, Fernande est atteinte de polyneuropathie, une maladie douloureuse et handicapante qu’elle vivra avec courage. Devenue veuve en 2013, elle prendra le chemin des appartements protégés à Oron-la-Ville d’abord, puis trouvera sa place dans un charmant deux pièces ensoleillé à Granges-Marnand. Là elle reprendra goût à la vie et avec sa jovialité naturelle, reforma rapidement un groupe d’amis pour qui elle se remettra avec bonheur au fourneau. Lundi 9 mars au matin, elle s’est endormie paisiblement, selon son souhait, chez elle, après avoir encore vécu, malgré la maladie, avec une force de caractère incroyable, le 1er mars, les 100 ans de sa tante Alice, de Grandvaux, la soirée de la fanfare de Forel (Lavaux) le samedi 7 mars et surtout avoir eu le privilège et la fierté d’applaudir Nicolas, son filleul, interprétant « le ranz des vaches » lors de la Fête des vignerons.

A toute sa famille et ses proches, Le Courrier adresse ses sincères condoléances.