Ferlent: un panorama pour perpétuer le souvenir du temps qui passe

Michel Dentan |  Nous sommes en l’an de grâce MCMLXXIX, dans un petit village gaulois, pardon… vaudois, alors irréductible et fier de son indépendance depuis qu’il s’était séparé, en 1820, de la commune de Servion. Mais revenons en 1979. A cette époque, les autorités communales de Ferlens, puisque c’est de ce village qu’il s’agit, avaient décidé de transformer un ancien stand de tir en refuge et les habitants avaient été sollicités pour apporter leurs compétences à cette construction. C’est alors que Laurent Arthur Décosterd, jeune étudiant de 20 ans, descendant d’un grand-père et d’un père artistes à leurs heures, et qui avait lui aussi déjà connu un certain succès dans sa maîtrise du dessin, prit la décision d’apporter sa contribution sous la forme d’une peinture qui ornerait le futur refuge. Il avait pris, à dessein, l’année précédente, une série de photos depuis le toit d’une ferme du village pour les  utiliser comme base pour la création de sa peinture. C’est ainsi que naquit le désormais fameux panorama de Ferlens, peint sur une planche de bois croisé et mesurant pas moins de deux mètres et demi de longueur.

Un parcours semé d’embûches

Installé comme prévu dans le nouveau refuge, le tableau a connu de nombreuses péripéties. En 1985 tout d’abord, il est l’objet de déprédations et de graffiti. Il est nettoyé et retouché par l’auteur de l’œuvre et son père, Jean-Philippe Décosterd, puis remis à sa place, non sans avoir été recouvert d’une protection de plexiglas censé le mettre à l’abri de futurs dégâts. Malheureusement, en 1988, un incendie survenu au refuge occasionne des dommages très importants au tableau, notamment par le fait que le polymère qui devait le protéger avait fondu et l’avait fortement endommagé. De guerre lasse, il a été transporté et «oublié» durant 27 ans dans le galetas de la maison de la famille Décosterd à Ferlens.

C’est en 2015 qu’il fut décidé de donner une nouvelle vie à l’œuvre. Mais les premières tentatives de remise en état par Jean-Philippe Décosterd s’avérèrent très difficiles en raison de l’état fortement dégradé et carbonisé du fond de bois, et c’est ainsi qu’il fut fait appel à l’Encadreur du Jorat, Anthony Guyot, qui réussit à relever ce challenge et qui, après un spectaculaire travail, put restituer au panorama son lustre originel. Afin que tous les citoyens puissent en profiter, la famille Décosterd décida de faire don du tableau à la commune de Ferlens.

La cérémonie officielle

Accroché et superbement mis en valeur – dans un cadre offert par la commune – dans la salle communale du collège de Ferlens, juste au-dessus du mouvement de l’ancienne horloge comme pour rappeler le temps qui passe, le panorama va désormais vivre une nouvelle vie que nous lui souhaitons plus tranquille que la précédente. C’est le jeudi 30 juin qu’une sympathique réception a été organisée afin d’officialiser l’événement. Devant une nombreuse assistance, Sonia Hugentobler, qui exerçait pour la dernière fois son mandat de syndique – le lendemain, la commune rejoignait la nouvelle entité de Jorat-Mézières où elle poursuivra sa charge à la Municipalité – a remercié, au nom des autorités et de tous les citoyens, la famille Décosterd pour leur très généreux geste.

Puis ce fut au tour de Laurent Arthur Décosterd qui, au travers d’une très jolie présentation audiovisuelle historico-comique, retraça l’origine du village, du big bang à nos jours, citant notamment dixit «le Ferlenxit» survenu en 1820 comme mentionné plus haut, sans oublier de relever que cette date du 30 juin était également un moment historique puisque la commune de Ferlens «vivait son dernier jour de liberté et d’indépendance», tout ceci bien entendu avec un clin d’œil complice et sur le ton de la plaisanterie. En prolongement et en parfaite adéquation avec les savoureux thèmes illustrant son discours.

Cette belle soirée s’est terminée par un bon moment de convivialité autour d’un copieux apéritif offert par la famille Décosterd et la commune.

Des tirages photos du panorama, sous diverses formes et dimensions, peuvent être commandés auprès de l’Encadreur du Jorat à Mézières, tél. 021 903 22 45.