Femmes atypiques – Une femme qui n’a pas froid aux yeux

Je suis allée à la rencontre de Sandra Cruchon, pompière volontaire au SDIS d’Oron depuis 13 ans, dont 10 au détachement appui, et 3 au détachement 1er secours. Le détachement appui sera là en support pour dérouler les tuyaux, s’occuper des arrivées d’eau mais aussi comme détachement pour des inondations
ou des pannes d’ascenseur. Le détachement 1er secours sera en première ligne lors d’un incendie.

Propos recueillis par Monique Misiego. |. Est-ce que c’est le métier que vous vouliez faire petite ? Non pas du tout. Je voulais être ambulancière à la base et je suis devenue laborantine. C’est une copine qui m’a proposé sur le tard de me lancer comme pompière volontaire car ils manquaient de monde. Je me suis laissée tenter parce que nous étions deux filles et je pensais que ce serait plus facile.

Est-ce que c’est contraignant d’être pompière volontaire ? Nous avons des exercices 4 fois par année pour le détachement d’appui et toutes les deux semaines pour les détachements de premier secours. Nous sommes également de piquet 6 à 8 fois par année le week-end de 18h le vendredi à 6h le lundi. Mes enfants sont grands donc ça ne me pose pas de problème particulier mais pour celles qui ont des enfants petits, c’est plus difficile. Nous avons aussi des tests d’ergonométrie une fois tous les deux ans plus des tests médicaux tous les trois ans.

Combien y-a-t-il de pompiers dans votre compagnie et combien sont des femmes ? Nous sommes une soixantaine. Il y a deux filles dans le détachement premier secours et 2 ou 3 dans le détachement d’appui.

Est-ce que vous rencontrez des difficultés physiques lors de vos interventions ? J’ai toujours fait beaucoup de sport donc j’ai une bonne forme physique. L’équipement respiratoire pèse environ 15 kg et une fois chargée avec tout l’équipement, je pense qu’on atteint les 30 kg. Mais si on est entraînée, ça se passe bien. La seule difficulté que je pourrais rencontrer, c’est au niveau de la tronçonneuse parce que ce n’est pas mon métier. Mais nous avons des collègues qui le font très bien donc je n’ai encore jamais eu à me confronter à cela.

Est-ce que vous avez à faire face à de préjugés ou des remarques sexistes ? Avec les collègues hommes, ça se passe toujours bien. Ils font des blagues, oui, mais ce n’est pas méchant. En tant que filles, nous nous intégrons et essayons de nous fondre dans la masse. Si nous commencions à nous plaindre, ce serait différent. J’essaye de faire comme eux, nous sommes tous embarqués dans la même galère lorsque nous sommes en intervention. Les collègues font souvent preuve de bienveillance à notre égard en nous proposant de porter une partie de notre équipement ou un appareil. En principe, je refuse poliment mais j’apprécie la démarche qui part d’un bon sentiment. Quant aux préjugés, je n’en ai pas rencontré. Chez les victimes que nous devons prendre en charge parfois, comme par exemple en cas d’aide au portage en complément des ambulanciers,  il me semble que le fait qu’il y ait une femme rassure et apaise les angoisses. Nous avons aussi parfois un rôle de médiatrice avec les familles.

Vous diriez qu’il y a une bonne collaboration entre hommes et femmes et que vous êtes sur pied d’égalité ? Oui, tout à fait. Nous sommes confrontés parfois à des cas difficiles, à des interventions risquées. Nous rentrons à deux dans un feu, nous devons en ressortir à deux. Alors forcément, on prend soin des autres. Dans les moments difficiles, il n’y a plus de différence, on va à l’essentiel. Nous sommes des êtres humains, point. Peut-être que dans certains petits villages, les femmes sont encore cantonnées à faire le café mais ce n’est en tout cas pas comme ça dans ma compagnie. Il n’y a pas de rivalité mais de la complémentarité. Il arrive que nous ayons peur, ce qui est aussi valable pour les hommes. La peur est bénéfique, elle permet de rester prudent. Sur certaines interventions, si un des pompiers ne veut pas rentrer dans le feu, un de ses camarades le remplacera. On est très attentif au bien-être de l’autre.

Est-ce que les femmes sont défrayées la même chose que les hommes ? Oui, il n’y a aucune différence sur ce plan-là.

Que pensez-vous de la position des femmes dans la société actuelle ? Je pense qu’il y a du progrès, elles ont accès à beaucoup plus de métiers qu’avant, ce qui est une bonne chose.

Au niveau des salaires dans la branche, est-ce qu’il y a égalité ? Oui nos salaires sont identiques.

Est-ce que vous avez entendu parler de la grève des femmes du 14 juin et est-ce que vous allez la faire ? Oui, un peu. Je vais peut-être marquer le coup en mettant un signe à ma fenêtre par exemple.

Pensez-vous qu’elle est nécessaire ? Dans certains cas, je pense qu’on exagère les choses. Le fait de dire à une femme qu’elle est charmante ne représente pas du harcèlement sexuel à mon avis. Mais il y a encore trop de cas ou ça va beaucoup plus loin et que les femmes se sentent en danger. Ce n’est pas admissible. Je suis pour lutter contre les violences conjugales encore trop nombreuses, ça ne devrait plus exister.