Femmes atypiques – Trois drôles de dames

Cette semaine, j’ai rencontré trois jeunes bouchères qui travaillent toutes à la Boucherie Sonney. D’entrée, le patron me chuchote dans l’oreille qu’il adore travailler avec des femmes et qu’il n’emploie que du personnel féminin. Il y a Mégane (ME), vendeuse en boucherie, qui va commencer un apprentissage de bouchère en production. Puis Cindy (CI), qui est bouchère dans la transformation et Carole (CA) qui est bouchère charcutière dans la commercialisation.

Propos recueillis par Monique Misiego. |. Quel était le métier que vous vouliez faire quand vous étiez petite fille? et pourquoi ce métier ?

CA: bouchère depuis petite car mon papa était boucher, on est tous bouchers dans la famille. Donc pour moi, la question ne se posait pas.

ME: pas du tout ce métier, je voulais être paysagiste mais les conditions physiques et météorologiques m’ont un peu retenue. J’ai fait un stage en boucherie et j’ai tout de suite adhéré à ce métier.

CI: non je voulais être boulangère-pâtissière, mais j’étais allergique à la farine. Comme j’adorais toucher la viande depuis petite, je me suis orientée assez facilement vers ce métier.

Avez-vous eu des difficultés à trouver un apprentissage?

CA: non pas vraiment. J’ai fait un stage et j’ai été engagée. Mais l’orientateur professionnel avait essayer de me décourager de faire ce métier.

ME et CI: non aucune

Avez-vous rencontré des difficultés au niveau physique pour exercer votre métier ?

CA: chez un de mes anciens patrons, on me forçait à porter des caisses de 40 kilos pour voir si je tenais le coup et si vraiment je voulais faire ce métier. J’étais en quelque sorte punie d’être une fille.

ME: oui au bout de 6 mois, je voulais arrêter parce que c’était dur physiquement et qu’on me laissait faire le travail comme les hommes. Mon corps disait stop.

CI: je devais aussi porter des caisses. Comme les hommes.

Les trois s’accordent pour dire qu’elles ont été traitées souvent plus mal que les garçons chez leurs anciens employeurs.

Avez-vous été victime de préjugés ou avez-vous essuyé des remarques sexistes, ou même du harcèlement ?

ME: j’ai souvent entendu des remarques sexistes parce que je suis une fille mais pas parce que je fais ce métier. Mais je dois dire que la personne qui m’a le plus mis des bâtons dans les roues était une femme.

CA: oui des remarques sexistes il y en a eu, c’est presque normal quand on travaille dans un monde d’hommes. J’avais pour habitude de laisser couler et de ne pas m’y attarder mais ça laisse quand même des traces.

CI: oui aussi de la part des garçons, mais je faisais comme CA. 

Est-ce qu’il y a une différence de traitement entre vous et vos collègues masculins ?

CI: j’ai souvent pu bénéficier du soutien de collègues hommes si les caisses étaient trop dures à porter. 

CI, CA, ME: ici nous ne sommes que des femmes mais le patron ne nous laisse pas porter du lourd. Il est très attentif à cela. Nous sommes traitées de façon égale.

Et au niveau des clients, ça se passe comment?

CI, ME, CA: des clients demandent à être servis par le patron, mais c’est plutôt rare. Parfois ils nous disent «mais le patron sait ce que je prends». Mais nous ne sommes pas sûres que ce soit parce que nous sommes des femmes. Nous avons tendance à penser que c’est plutôt parce que nous sommes jeunes.

Au niveau des salaires dans la branche, est-ce qu’il y a égalité ?

Oui absolument.

Que pensez-vous de la situation des femmes aujourd’hui ?

CA; ME: nous devons gérer beaucoup de choses en même temps, c’est parfois difficile, la fameuse charge mentale. CA qui est maman souligne qu’elle a l’impression qu’elle ne pourrait pas s’arrêter. ME souligne qu’elle n’est pas féministe mais qu’elle a l’impression qu’on demande beaucoup plus aux femmes qu’aux hommes. Les trois mentionnent le fait qu’une femme doit toujours rester coquette, que l’apparence est importante chez la femme alors que les hommes peuvent être naturels.

Pensez-vous qu’il y a encore du travail?

Les trois pensent qu’il faut une redistribution des tâches au sein du couple ou de la famille. Il faut aussi que tous les métiers soient accessibles aux femmes comme aux hommes et qu’on balaye ces stéréotypes. Idem pour le harcèlement. Elles se font parfois siffler ou accoster. Plutôt que de se dire qu’elles peuvent s’habiller comme bon leur semble, elles auront tendance à modifier leur habillement pour ne pas trop attirer les regards.

Etes-vous au courant qu’il y aura une grève des femmes en Suisse le 14 juin 2019?

CI: oui, parce que nous en avons parlé au cours. CA et ME n’étaient pas au courant. Elles ne vont pas faire grève mais afficheront certainement leur soutien d’une manière ou d’une autre.

Quelles revendications vous paraissent primordiales?

ME: que la société se décoince. CI et CA pensent qu’il faut que les hommes s’investissent plus, notamment les pères dans l’éducation des enfants.