Femmes atypiques – Petite mais costaude

Pour clore cette série féminine, je suis allée à la rencontre de VALÉRIE BIGNENS, vigneronne au Domaine Saint-Amour, de Fischer Vins, à Bourg-en-Lavaux.

Valérie Bignens et son papa Gilbert Fischer

Propos recueillis par Monique Misiego. |. Valérie, comme ton papa est vigneron, est-ce que c’est le métier que tu voulais faire petite? Non pas du tout. Je voulais être esthéticienne ou coiffeuse, mais je voulais faire un métier de «fille»

Alors comment es-tu arrivée là? C’est la situation familiale qui a voulu ça. Mon frère travaille aussi dans le vin, je suis allée plusieurs fois travailler avec mon papa et je me suis passionnée pour ce monde-là. J’aime le contact, j’aime la nature, deux conditions qui m’ont fortement influencée.

Est-ce que tu as été poussée par ta famille?Pas du tout, nous sommes 5 enfants et nous avons tous choisi le métier qui nous plaisait. J’ai été influencée en travaillant avec mon père, mais pas par lui. C’est le travail qui m’a plu tout de suite.

Est-ce que tu as eu de la peine en tant que fille à trouver une place d’apprentissage? Non, ça s’est fait presque du premier coup. Ça fonctionne beaucoup par bouche à oreille chez les gens de la terre. J’ai fait mon apprentissage chez un patron puis je suis allée travailler à Marcelin, puis à Pully, à la station fédérale pour me perfectionner. J’avais des facilités parce que j’avais travaillé pendant une année avec mon père avant de rentrer en apprentissage. Ça m’a bien facilité la tâche.

Est-ce que tu rencontres des difficultés au niveau physique dans ton métier? C’est clair que de porter des cartons de bouteille, ça fatigue, mais comme un homme. Il me semble que nous les femmes réfléchissons plus avant de soulever des charges par exemple. Je prendrai plus facilement l’élévateur. Il y a du matériel pour nous faciliter le travail, à nous de l’utiliser. Mais si c’est trop physique, je demanderai à l’ouvrier qui travaille avec moi qui le fait volontiers. J’ai un peu de peine parfois à demander de l’aide.

Est-ce que vous avez à faire face à de préjugés ou des remarques sexistes? Ça m’est arrivé en apprentissage avec des collègues. J’en ai parlé à mes parents et nous avons pu régler le problème en parlant avec mon patron. Quant aux préjugés, il me semble qu’il y a des progrès tout de même. Dans ma volée, il y avait 8 femmes sur 20 apprenants. Mais il y a plus de femmes proportionnellement qui réussissent leur apprentissage. Peut-être qu’elles choisissent ce métier plus par passion que les hommes.

Est-ce qu’il y a des différences de traitement de la part des collègues hommes? J’ai la chance de travailler avec mon papa qui prend soin de moi, même si je suis adulte. Il va m’encourager à demander de l’aide si j’essaye de porter une charge trop lourde. Les hommes acceptent facilement de nous aider. Il y a une certaine bien-veillance vis-à-vis de nous.

Au niveau des clients, comment ça se passe? Très bien. Quand je fais des dégustations, je ne ressens pas de méfiance de la part de clients hommes. Les femmes sont appréciées en tant que vigneronnes parce qu’elles ont un nez plus fin. Il y en a d’ailleurs de plus en plus qui se démarquent de leurs collègues hommes.

Que pensez-vous de la position des femmes dans la société actuelle? Il y a encore plein d’inégalités. Les moqueries parce qu’on est plus faibles, les remarques sexistes, l’inégalité salariale dans certains secteurs. On peut faire mieux, c’est sûr. Il y a encore beaucoup de travail précaire effectué par des femmes. 

Au niveau des salaires dans la branche, est-ce qu’il y a égalité? Oui nos salaires sont identiques.

Est-ce que vous avez entendu parler de la grève des femmes du 14 juin et est-ce que vous allez la faire? Je ne sais pas si je vais la faire parce que dans l’entreprise familiale, nous sommes peu donc ça n’a pas de sens. Mais je vais soutenir, certainement. Je suis pour l’avancée des femmes et j’aime assez souligner quand c’est une femme qui réussit à la place d’un homme.

Pensez-vous qu’elle est nécessaire? Si elle a été initiée par certaines, c’est qu’il y a encore du boulot, c’est qu’il y a encore des inégalités salariales, c’est qu’il y a encore des violences conjugales, c’est que les femmes ont des plus petites retraites et j’en passe. Des arguments, on en lit tous les jours dans les journaux.