«Dieu existe, son nom est Petrunya» – Et si Dieu était une femme ?

«Dieu existe, son nom est Petrunya» de Teona Strugar Mitevska

Colette Ramsauer | En conclusion de son 5e long métrage, Teona Strugar Mitev-ska (Skopje 1974) cinéaste  macédonienne engagée, pose la question: Et si Dieu était une femme? Le film raconte un épisode de la vie de Petrunya, trentenaire, célibataire, universitaire sans emploi. Son histoire nous immerge dans une société partagée entre volonté de vivre avec son temps et attachement aux traditions. Inspiré d’une histoire authentique, le scénario explore le drame, la satire et la comédie tout à la fois. 

Exclusivement masculin

Selon une coutume de la religion orthodoxe, à Chtip petite ville de Macédoine, a lieu la cérémonie bénissant les eaux. Pour ce, le jour de l’Epiphanie, le pope lance une croix de bois dans la rivière après avoir fait son sermon. Une foule d’hommes, torse nu, plongent et tentent de la ramener. Celui qui l’émerge est béni. La chance sera pour lui tout au long de la nouvelle année. La tradition n’accepte que la gent masculine à ce rituel. 

Chômage, problème latent

Mais voilà Petrunya, qui change l’ordre des choses. Par hasard sur les lieux, elle se jette à l’eau toute habillée sans trop savoir pourquoi. Et ramène la croix tant convoitée. Sacrilège! Les gars sont survoltés. La loi civile ne pardonne pas et menace le pope pour trop de tolérance. Les médias couvrent l’événement. Les likes affluent sur les réseaux sociaux. L’affaire prend des dimensions démesurées. En état d’arrestation, Petrunya ne démord pas face aux forces de l’ordre: la croix lui appartient. Le film met en lumière les revers d’une société patriarcale et phallocrate, avec en toile de fond le problème latent du chômage. En direct à la télévision, les parents de Petrunya désespérés, lanceront un appel déclarant que le véritable problème de leur fille n’est pas son arrestation, mais bien le fait qu’elle ne trouve pas d’emploi. 

Révélation de l’actrice

Le rôle titre est interprété  par Zorica Nusheva, révélation d’un immense talent incarnant Petrunya, 32 ans, en surpoids, vivant chez ses parents, victime d’embauches infructueuses et d’humiliations. L’épisode de la croix permettra à la jeune femme livrée à de multiples confrontations, de se forger le caractère, de cerner les faiblesses du sexe fort, de contraindre certains à se remettre en question ; et qui sait, de faire évoluer les choses.

La lutte continue

 «Cette année, une autre femme a attrapé la croix à Zemun, en Serbie. On lui a fait une ovation. Le monde change vite, cela me remplit d’espoir» déclarait la réalisatrice Teona Strugar Mitevska lors de la dernière Berlinale, où le Jury œcuménique récompensait son film  «… pour son audacieuse description de la transformation d’une jeune femme démunie en éloquente défenseure des droits féminins». S’inscrivant dans la lutte pour la parité, le film arrive à point dans le contexte de la grève des femmes du 14 juin.

«Dieu existe, son nom est Petrunya»  MK, 2019, 100’, vost, 16/16 ans, de Teona Strugar Mitevska, satire, drame, comédie avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Stefan Vujisic et Suad Begovski 

Sortie le 8 mai 2019 dans les salles Au cinéma d’Oron le JE 9 et DI 12 mai à 20h ainsi que le SA 11 mai à 18h