Entre corset, faux-cul, culotte et justaucorps…

Au Musée Historique de Lausanne, jusqu’au 29 septembre

Pierre Jeanneret. |. La mode est loin d’être une chose futile. Depuis ses origines, le vêtement protège, cache ou dévoile le corps, le sublime. Il signifie aussi l’identité sociale. Si aujourd’hui on tend vers une certaine uniformisation entre les classes et les sexes (dont le port des jeans est symptomatique), ce ne fut pas toujours le cas: un domestique ne devait pas être confondu avec son maître! Le Musée Historique de Lausanne nous invite à un parcours, sous forme de lèche-vitrines, qui nous mène du 17e au 20e siècle. On y apprend beaucoup de choses, tout en contemplant des vêtements superbes, souvent somptueusement brodés. Dans l’anatomie féminine, les fesses et les hanches ont attiré l’attention depuis fort longtemps. D’où la mode des faux-culs (mais pas dans le sens de faux jetons), un volume ajouté à la jupe au niveau des reins pour donner de l’ampleur au postérieur. Sait-on que le galbe de la jambe fut longtemps un attribut masculin, mis en valeur par la culotte, le bas de soie et le soulier à talon, avant que le pantalon ne les remplace au 19e siècle? Pour accentuer le côté viril, le torse était volontiers bombé. Mais revenons aux femmes. Le style Empire, influencé par la Rome antique, mit en valeur la robe droite et la taille haute. Pourtant les dames furent longtemps engoncées dans de larges robes à baleines puis dans des corsets contraignant l’anatomie. Ces derniers avaient leurs détracteurs, tels Jean-Jacques Rousseau qui voulait plus de naturel, et Gustave Flaubert qui traduisait une idée reçue, selon laquelle le corset «empêche d’avoir des enfants». On sait que la révolution de la mode féminine après la Première Guerre mondiale mettra fin à cet instrument de torture. Une paroi permet au visiteur de se familiariser avec les termes touchant à la mode: crinoline, frac, pourpoint, vertugadin, etc. L’exposition met aussi en valeur les modes urbaines à Lausanne. Celles-ci furent longtemps représentées par de grandes maisons, notamment «F. Bonnard et Fils» à Saint-François. Et profitez de cette visite pour parcourir l’exposition permanente du MHL, qui a été modernisée et enrichie. On s’arrêtera en particulier devant la grande maquette de Lausanne, centre d’une présentation audio-visuelle très réussie.

«Silhouette. Le corps mis en forme», Musée Historique de Lausanne, jusqu’au 29 septembre. Scénographie réalisée par Trivial Mass – www.trivialmass.com