Ecoteux: le chanvre se cultive légalement sur le coteau

Gil. Colliard  |  Sur les hauteurs d’Oron, entourés de prairie où broutent de paisibles vaches, les longues hampes aux feuilles découpées du chanvre couvraient, il y a quelques jours, les 5ha de terre agricole que leur a attribués Olivier Sonnay. Pour la 20e année consécutive, des plants broyés a été extrait la précieuse huile essentielle aux propriétés anti-inflammatoires, parfaite en aromathérapie, homéopathie, cosmétique et comme arôme alimentaire.

Euphorie ou fumisterie, le CBD s’attribue de multiples vertus 

Depuis quelques mois, fleurissent dans les médias, toutes sortes d’articles ventant les qualités du chanvre, qui a trouvé le chemin de la légalisation moyennant patte blanche. On y apprend que les ventes de cannabis CBD (cannabidiol sans effet psychotrope) explosent en Suisse. Avec moins de 1% de THC (matière active psychotrope), ce chanvre est autorisé. Aromatisant les cigarettes classiques ou électroniques, sous forme d’huile ou en fleurs séchées, ce CBD se vend partout en Suisse offrant un marché juteux aux grandes surfaces, entre autres, qui n’ont pas laissé s’envoler la fumée. Avec l’assouplissement de la loi, voyant là une opportunité, de nombreuses demandes d’autorisations de production ont afflué auprès des autorités, bien que le CBD, hors variétés homologuées, ne soit pas considéré comme un produit agricole, donc ne peut être cultivé sur les terres agraires et doit croître à l’intérieur de locaux.

Le chanvre, une culture exigeante et convoitée

Olivier Sonnay, profondément investi dans la vie administrative et politique d’Oron est avant tout un agriculteur passionné et curieux qui a débuté la culture du chanvre en 1997 déjà, avec son père Michel, ayant pour seul but, la production d’huile essentielle. Au fil des ans, les 25 ares des débuts sont devenus les 5ha de cette année. «Il s’agit d’un marché de niche, spécifique, vu la complexité de la législation qui s’est renforcée en 2013. Nous avons dû adapter les variétés au règlement pour obtenir un produit fini exempt de THC et de CBD» commente-t-il. La culture de cette plante, dont les origines sont situées en Asie, débute en avril par le semis des variétés autorisées. Le gros du travail se fait en juin, avec l’extraction, à la main de quelque 100’000 plants mâles, avant la pollinisation des plantes femelles, afin qu’elles continuent la production de résine contenant l’huile essentielle. Tout au long de la saison il faut lutter contre les mauvaises herbes, les lièvres friands des jeunes pousses et les prédateurs à 2 jambes qui sont mis en fuite par le système d’alarme. «En 20 ans, nous avons attrapé ou fait fuir env. 300 voleurs» évoque-t-il. Pendant de nombreuses années, la récolte a été distillée à la ferme, avec un équipement créé de toute part, mais fonctionnel, qui avait une capacité de 10m3/jour. Il fallait compter deux semaines de travail. Depuis quelques années, la récolte est acheminée à la distillerie de Bassin traitant 60 m3/jour. Pour 2017, avec la collaboration de Christophe Hauser et de son entreprise de travaux agricoles, 180m3 de chanvre haché y ont été transporté. Le 90% de la production est utilisé en arôme alimentaire (thé froid, bonbons, etc.) et le 10% en aromathérapie. Les 3/4 sont exportés, principalement en Autriche et en Allemagne, vu le peu de débouchés en Suisse.

«Cette culture est une aventure extraordinaire menée avec la complicité de mon épouse Anouchka. Il n’existe pas de marche à suivre, tout est à inventer, découvrir, améliorer et ce n’est jamais fini. Nous resterons fidèles à l’extraction d’huile essentielle classique avec une petite production de jeune chanvre vert en collaboration avec Hempfy, start up genevoise qui a lancé une boisson aromatisée au chanvre 100% suisse» relate Olivier Sonnay qui a peine à croire aux vertus thérapeutiques du CBD qui ne devraient pas être utilisées comme argument publicitaire. «La production de CBD et plus largement de chanvre «récréatif» ne m’intéresse pas. Ces nouvelles dispositions légales me font craindre un pas décisif vers la dépénalisation de chanvre à haute teneur en THC. Que dire de cette nouvelle situation contraignante pour la police, sans oublier le message qui vient à l’encontre des années de lutte pour la prévention ? » s’interroge-t-il.