Dinosaur Jr. – Give a glimpse of what yer not

Lionel Taboada  |  Le problème du monde actuel c’est qu’on essaie de te persuader que tu dois être bon dans tous les domaines. En gros si tu veux pas arriver à cinquante ans sans ta Rolex, il faut au minimum jouer au foot comme Ronaldo, écrire comme Sagan, peindre comme Picasso et baiser comme Rocco. Résultat, on est médiocre en tout voire bon en rien pour certains. Ne serait-il pas plus judicieux de se consacrer à une seule activité pour laquelle on fait montre d’un minimum de talent et travailler pour devenir une référence en la matière ? C’est en tout cas la réflexion que m’inspire le nouvel album de Dinosaur Jr., tant le supplice visuel de cette pochette est inversement proportionnel à la qualité de la musique. Les Américains sont des références incontestables de la scène alternative rock et ils ont bossé pour y arriver. Pourtant, après plus de trente ans de carrière et autant de pochettes miteuses je crois qu’il est plus que temps d’admettre qu’ils n’ont pas le graphisme dans le sang et qu’il faut qu’ils arrêtent de s’acharner. Paraît que la perte d’un sens décuple les autres, c’est bien la première fois qu’un disque me donne envie de me crever les yeux pour décupler mon audition…

Rescapé de l’astéroïde «grunge» qui a anéanti pas mal de ses semblables, le Dinosaur Jr. a survécu aux différents changements climatico-musicaux et à différents «line-up» pour arriver en 2016 dans sa formation d’origine. Il fait aujourd’hui partie des espèces protégées par le WWF du rock indépendant au même titre qu’un Mark Lanegan, qu’un Greg Dulli ou qu’un Thurston Moore. Niveau musique rien de neuf sous l’astéroïde, ce nouvel opus fait comme d’habitude la part belle aux guitares jurassiques et à un rock carnassier. Dès les premières notes de «Going down» on sent que le dinosaure n’a pas perdu de son mordant, la chasse s’organise avec des titres comme «I walk for Miles» ou «Good to know». Le rock dans sa plus belle expression: une basse, une batterie, une guitare et une bonne dose d’énergie. Pourtant, entre deux assauts le dinosaure sait aussi se faire plus subtil à l’image du magnifique «Knocked around» alors que «Be a part» est sans conteste le trésor de ce disque. Au final un nouvel album des Dinosaur Jr. c’est comme un bon vieux whisky-coca: tu connais le goût, tu bois ça en soirée entre potes et même si tu finis ivre mort à quatre pattes, qu’est-ce que ça fait du bien. Les plus fins scientifiques musicaux te diront qu’en plus de trente ans c’est le seul dinosaure qui n’a pas évolué; pour ma part, je préfère parler de constance et de la difficulté d’être constant.

Alors, à ton prochain souper chez papy quand il te servira ses fameuses croûtes aux champignons à la mode Woodstock, accompagnées de ses anecdotes sur les dinosaures du rock de sa génération, comprenez les Stones, Dylan ou Neil Young; ne manque pas l’occasion de glisser sur sa platine le dernier album du seul vrai dinosaure digne de ce nom. Monte son sonotone sur 4 et fait péter le son à ce vieux fossile !!

Quoi qu’il en soit n’écoute pas ce qu’on te raconte, écoute des disques !

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