Deux femmes de plus au Conseil fédéral

A chaque élection au Conseil fédéral, je suis devant mon poste, attentive, pleine d’espoir

Monique Misiego |  Quelquefois heureuse, quelquefois déçue. On ne peut pas gagner à tous les coups. Je me souviens de l’élection de Christiane Brunner, évincée par un homme, puis celle de Ruth Dreyfuss, un peu plus conventionnelle et correspondant mieux à l’époque, le profil de Christiane Brunner étant un peu trop moderne à ce moment-là. Mais elle garde mon admiration à vie. Je sens que certains décrochent déjà. Mais je vous parle de 1993. Un temps révolu. Alors quand j’ai vu Isabelle Moret échouer au bénéfice d’Ignazio Cassis l’année passée, forcément j’ai été déçue une nouvelle fois, parce que c’était une femme, et même PLR, elle avait quand même de bonnes idées sur certains dossiers. Et là, ce mercredi, j’allume la télévision un peu tard, au moment de l’élection de Karin Keller-Sutter. Surprise, même si c’était annoncé, Bien que n’étant pas du même bord politique, je me réjouis qu’une femme soit élue. Et j’apprends à ce moment-là que Viola Amherd est aussi élue, les deux au premier tour. Et je me dis que là on évolue. Plus besoin de «batailler», plus besoin de se défendre deux fois plus que les hommes, au premier tour! Inespéré! Certes, pas les mêmes idées politiques que celles auxquelles j’adhère, mais des compétences reconnues par leurs pairs. Je voudrais presque qu’on ne souligne pas que c’est deux femmes, parce qu’à ce moment-là, quand je regarde cette élection, je me dis que les genres sont gommés. Qu’on les a élues comme n’importe qui. Pour leurs compétences. Qu’il n’y a plus de différence. Une espèce d’euphorie me gagne. Je me dis qu’on y est. Mais la redescente est brutale, Il y a encore du pain sur la planche, tout n’est pas gagné. Je ne suis pas pour les quotas, parce que ça nous obligerait à mettre les mauvaises personnes au mauvais endroit. L’égalité sera atteinte le jour où nous verrons des listes électorales avec des femmes et des hommes, quels qu’il soient, sans que la parité soit respectée, parce qu’encore une fois, qui dit parité dit personnes aux mauvaises places, candidatures improbables de gens sans expérience, avec le seul alibi que ce soit des femmes, comme cela se passe actuellement. La plus belle victoire ne serait-elle pas que nous votions sans quotas, sans partis pris, sans idées reçues, à la seule lecture des propositions du candidat ou de la candidate? Un peu plus tard dans la journée, quand l’euphorie s’estompe, quand la réalité revient, je me souviens que tout n’est pas acquis. Que nous n’avons pas encore l’égalité salariale, inscrite dans la constitution depuis 35 ans, que nous avons moins accès aux postes importants, que nous restons piliers de la famille souvent, avec des charges mentales dont parlent les journaux actuellement qui feraient pâlir les plus éminents psychiatres, que les femmes qui ont actuellement dans la soixantaine se retrouvent souvent avec des petits-enfants à garder et des parents âgés à assister, tout en voyant approcher l’âge de la retraite, soulagement qu’on menace de reculer. Pour info, nos mères étaient grands-mères 10 ans plus tôt, et 10 ans de moins dans les artères c’est important. Alors il ne faut pas lâcher cette lutte, c’est clair et net, et la grève des femmes qui s’annonce en 2019 en est l’apogée. Le 14 juin 2019, une grève des femmes dans tout le pays, pour montrer que nous en avons assez de ces inégalités, que nous voulons être traitées de la même façon, pas mieux, mais pareil! Et par souci d’égalité, je voudrais féliciter ces pères qui s’investissent dans leur famille, parfois hommes au foyer, ce qui génère encore souvent des interrogations, parfois demandeurs de temps partiel, moqués par les collègues ou refusé par des patrons. Et non, un père de famille n’aide pas sa femme, parce que nous ne sommes plus en 1950 où les femmes ne travaillaient pas. Elles sont souvent très actives, sur tous les fronts, au travail, à la maison, dans des associations, des mouvements politiques, menant tout avec efficacité. Alors une famille, c’est un papa et une maman (ou deux papas ou deux mamans, peu importe) qui s’investissent à temps égal pour le bien-être de leurs enfants. Voilà une conception idéale de l’égalité. Mais je suis quand-même contente que deux femmes soient rentrées au Conseil fédéral ce mercredi. Juste pour l’histoire!