Deux expositions de qualité valent la traversée vers Evian

Au Palais Lumière et à la Maison Gribaldi

Pierre Jeanneret  |  La fin de l’été et l’automne se prêtent bien à l’excursion en bateau vers la France voisine. Et si l’on peut ajouter aux plaisirs de la traversée et du bon repas un petit supplément culturel…

Autour du mythe du Minotaure

Le Palais Lumière présente une belle exposition consacrée à Picasso et au mythe du Minotaure. Pour celles et ceux qui auraient oublié cette légende de la mythologie grecque, un petit film la raconte de manière vivante. Disons aussi que l’exposition va bien au-delà du seul Picasso. Un panneau montre les multiples représentations du Minotaure, de l’Antiquité à nos jours. On remarquera que les créateurs ont longtemps hésité à le peindre ou à le sculpter avec quatre ou deux pattes. Chez Picasso, c’est cette dernière version qui a prévalu. On verra de superbes tapisseries de grand format réalisées d’après ses dessins, et qui ont été conçues comme décors pour un spectacle écrit par Romain Rolland et présenté sous le Front populaire: un personnage à tête de rapace qui personnifie le nazisme soutient le Minotaure, lequel symbolise ici le «bestial capitaliste». Mais le Minotaure, dans lequel Picasso s’incarne, est aussi pour lui symbole de la puissance virile. Ce qu’il montre dans plusieurs dessins ou l’homme-taureau s’empare de corps féminins voluptueux. On sait que le maître conquit de nombreuses femmes et eut plusieurs épouses. Parmi elles, une très jeune Suissesse, Marie-Thérèse Walter. Un en-semble de robes réalisées en papier par une styliste traduit bien l’évolution de la mode féminine entre la première et la dernière de ses compagnes. Une autre salle est consacrée à la revue Minotaure (1933-1939), éditée à Lausanne par Albert Skira, qui fut le lieu de rencontre des surréalistes. On peut en voir les remarquables pages de couverture créées par Mirò, Dali ou Matisse. Donc voilà une exposition riche et variée!

Souvenirs de l’Evian mondain où l’on venait «prendre les eaux»

Derrière le Palais Lumière se trouve la Maison Gribaldi. Celle-ci présente une autre exposition, consacrée à «Evian mondain», de la fin du XIXe siècle à 1939. Objets, superbes affiches, cartes postales, photographies illustrent cette époque, aujourd’hui révolue, où l’aristocratie et la grande bourgeoisie venaient «aux eaux» pour se refaire une santé et jouir des nombreuses distractions qui leur étaient offertes: équitation, ski nautique à ses débuts, «Fête des roses», casino, concerts, mondanités, etc. Tout est parti de la découverte de la source Cachat. En 1881, Evian accueillait déjà 3000 visiteurs par an et embouteillait 100’000 bouteilles d’eau (10 millions en 1909), dont les propriétés médicales étaient à vrai dire hypothétiques… Les stations thermales aimaient se glorifier de recevoir des têtes couronnées: Evian mondain publiait donc la «liste officielle des étrangers». Cette exposition illustre de façon vivante toute une époque où une haute société d’oisifs faisait d’Evian un lieu de villégiature à la mode. Une époque à laquelle la crise de 1929 puis la Seconde Guerre mondiale mirent fin.

«Picasso, l’atelier du Minotaure» Palais Lumière, jusqu’au 7 octobre – «Evian mondain, l’âge d’or du thermalisme», Maison Gribaldi, jusqu’au 4 novembre

Evian-plage, baigneuse sur une nautilette, photographie, 1936. A.M. Evian, dépôt S.A.E.M.E.