Des roses et des épines

Gérard Bourquenoud  |  Il fut un temps où les homes pour personnes âgées sortaient de terre comme des champignons. Cette prolifération a confirmé la réussite de ce mode d’habitat, alors que depuis au moins deux décennies, aucun nouveau home n’a été construit. Pour les aînés qui se doivent de quitter leur maison ou la ferme, ce développement des résidences a ses avantages, à condition de pouvoir payer la chambre, la restauration, les soins et autres frais dans leur vie quotidienne. L’explosion de cette offre ne s’explique pas seulement par la volonté des promoteurs, ni par le fait que la population des plus de 65 ans représente un marché en pleine expansion. Il y a parallèment une forte demande de homes du fait que ceux qui existent sont complets à l’année, car ce mode de vie est entré à grands pas dans les mœurs. Et cela non seulement en ville, mais aussi à la campagne, même si à l’heure actuelle, il est recommandé aux personnes âgées de finir leur vie à leur domicile et de recevoir les soins nécessaires à leur santé dans leur habitat et environnement.

Le lieu d’implantation d’un home contribue largement à faire le plein. Il doit être de premier ordre, certains sont même trop modernes et luxueux, presque des hôtels cinq étoiles. Il est construit à un endroit où l’environnement est agréable et sécurisant, mettant à la portée des résidents l’ensemble des commodités : transports, services publics, équipements de loisirs et commerces, voire même un centre de santé ou un hôpital proche, ceci afin que les aînés puissent rester en contact permanent avec les activités et l’animation d’une ville comme d’un village. Ce sont là les roses de la retraite dans un home.

Voyons maintenant l’autre face qui n’est pas aussi chaleureuse. Pour les personnes qui n’ont que l’AVS comme rente, le coût de la plupart des homes ou EMS est beaucoup trop élevé. Ce n’est donc pas le paradis pour tout le monde. Prenons le cas de cette personne âgée qui, pour des raisons de santé, a dû être placée dans un home médicalisé, du fait que les hôpitaux ne pouvaient l’accepter. Considérée comme un cas lourd, les soins médicaux lui coûtent près de 200 francs par jour, alors que la caisse maladie ne prend à sa charge qu’une partie du montant et que seulement un modeste pécule est versé à cette résidente pour sa chambre. En y ajoutant la nourriture, les boissons de la journée et les médicaments, son séjour dans ce home médicalisé se monte à près de 10’000 francs par mois. Si la caisse maladie participe à raison de 15 à 30’000 francs par année, il reste encore plus de 70’000 francs à la charge de la résidente. Ce n’est pas avec l’AVS qu’elle touche, qu’elle peut s’acquitter d’une telle facture. Pour honorer celle-ci et comme elle ne pouvait plus faire front aux dépenses vu sa santé déficiente, elle a été contrainte de vendre sa villa construite par son mari, alors que tous deux ont travaillé dur toute leur vie pour loger leur famille. Et quand il n’y aura plus de fonds sur celle-ci, ce sera la commune de domicile qui prendra en charge les frais du home médicalisé. Que c’est triste de devenir vieux, d’être malade et de ne pas jouir au moins de sa maison ! Des épines qui font parfois très mal au cœur de l’être humain.