Dès 2022, nouvelle stratégie politique agricole !

Myriam Edward  |  La déclaration faite par Johann Schneider-Ammann le 1er novembre dernier sur la nouvelle stratégie de politique agricole qui devrait entrer en vigueur en 2022, a secoué nos milieux agricoles. L’idée est d’ouvrir plus nos frontières aux produits étrangers et de vendre plus de notre production locale aux autres pays… Selon l’OCDE, la valeur de la protection douanière aujourd’hui s’élèverait à 3,5 milliards de francs, que les consommateurs paient au travers de la cherté des denrées alimentaires. 40 à 50% de nos besoins alimentaires sont couverts par les importations à l’heure actuelle. Toujours selon l’OCDE, cette pression sur l’agriculture suisse, fait qu’elle est en retard sur d’autres pays et subit des déficits de productivité. EconomieSuisse voit dans l’annonce du Conseil fédéral un «premier pas prudent vers une politique agricole moderne»… Depuis la création de l’Europe, le monde se rend compte que le libre-échange n’est pas une panacée pour le succès économique d’un pays, mais c’est pourtant dans cette direction que notre gouvernement aimerait aller. Il est évident que l’achat de produits à l’étranger est financièrement intéressant, car les coûts pour leur production ne sont pas comparables aux nôtres. Toutefois, restons prudents, car lorsque l’argent devient le seul critère qui conduit à une décision, cela peut entraîner de nombreux dégâts collatéraux sur le long terme (ex. changements intervenus suite à la création de l’Europe pour les pays en faisant partie… Grèce, Portugal, France, etc). D’autre part, selon Johann Schneider-Ammann, afin de pouvoir se développer dans ce sens-là, nos agriculteurs seront appelés à devenir de vrais entrepreneurs indépendants, capables de réagir aux opportunités et aux risques du marché. Ils devront faire preuve d’innovation… et devront utiliser de plus en plus les nouvelles techniques, notamment numériques s’ils veulent rester à la page et être compétitifs! J’ai envie de dire que nos agriculteurs sont déjà des entrepreneurs indépendants et capables de réagir aux opportunités et risques du marché… ils cherchent à se développer dans de nouveaux domaines, dans de nouvelles cultures, ils sont ouverts à de nouvelles techniques de travail, certains utilisent déjà les nouvelles technologies comme la robotisation pour optimiser le travail dans leur ferme. Le grand souci que nous avons chez nous, ce sont les revenus de nos agriculteurs… car ceux-ci ne permettent pas de se mettre en permanence à la page et de rester compétitif! Beaucoup de nos agriculteurs tentent de nouvelles productions, la Suisse n’est pas un pays qui dort… mais notre culture a toujours été conduite par la prudence! Regardons d’abord comment ça marche et si c’est concluant, on y va… et cette attitude nous a sauvés de nombreux désastres! D’autre part, lorsqu’un agriculteur gère une exploitation avec cultures et bétail, qu’il s’organise pour avoir le fourrage pour ses bêtes, des écuries en ordre pour le bien-être et qu’il vend ses céréales pour la production locale… on peut dire qu’il est déjà un grand entrepreneur. C’est une réelle entreprise qu’il gère, avec les contraintes météorologiques et économiques auxquelles il est confronté jour après jour. Ne dévalorisons pas le travail de nos agriculteurs en le bradant à une soi-disante ouverture des frontières et au libre-échange. Oui, il y a certainement des bénéfices à travailler en collaboration avec les autres pays, mais attention au prix que nous paierons une fois la machine lancée. Je crois qu’il est très important de bien évaluer la situation en connaissant tous les tenants et les aboutissants. Aujourd’hui, nous n’avons pas les détails de cette nouvelle stratégie politique et toutes ces choses devront encore passer en votation. Soyons dès lors attentifs à ce qui se passe et renseignons-nous régulièrement sur les avancées du projet, afin de savoir ce que nous aurons à voter lorsque ce sujet sera l’objet des urnes. Nous avons le privilège de savoir qu’un projet est en cours de développement, et nous avons le temps pour nous renseigner et pour chercher la vérité derrière les infos que nous recevrons, afin de voter au plus près de notre conscience pour le soutien de l’agriculture suisse le moment venu.