Démocratisation 2.0

Laurent Vinatier  |  23 juin, 8 novembre… 2016, chers amis, marque l’entrée définitive du monde occidental dans le 21e siècle politique. Curieusement en avance, la Suisse, me semble-t-il, avait même déjà franchi le pas le 9 février 2014. Certains experts ennuyeux prédisaient du haut de leur piédestal en carton que notre siècle actuel serait religieux. Peut-être à Bagdad mais pas ici… Par chez nous, le 21e siècle sera populiste, démagogique, aux élans isolationnistes pour ne pas dire subtilement xénophobes. Dès 2014, la dynamique se dessinait, avec notre vote, timide et réservé, devant prévenir l’arrivée massive d’étrangers. Par la suite, les Anglais, plus à l’aise, ont osé claquer la porte de l’Union européenne embourbée. Les Américains enfin, sans l’ombre d’un doute, ont donné les clés du pays à Donald Trump. Difficile maintenant de ne plus être au courant… Attendons les Autrichiens, les Français très bientôt et les Allemands – peut-être plus tard cependant pour ces derniers, compte tenu de certains précédents historiques douloureux.

On peut quand même raisonnablement se poser la question du suffrage universel. Platon lui-même y a réfléchi. L’ancien Grec, dans une intuition philosophique fulgurante mais surtout parce que son maître Socrate croupissait en prison du fait d’une junte militaro-oligarchique choisie par le peuple d’Athènes assemblé, expliquait qu’à un moment donné la démocratie se délite en un magma démagogique nivelé par le bas; les difficultés économiques et les menaces guerrières n’ont alors guère encouragé les Athéniens à la sagesse populaire. C’était il y a plus de 2000 ans, dira-t-on. En effet… Aujourd’hui les démocraties civilisées pratiquent les primaires, qui sont, à l’instar du processus engagé par la droite française ce dernier week-end, un exercice de représentation de belle tenue, policé comme il faut et d’un niveau politique convenable. Mais c’est tellement 20e siècle: qui ne voit pas que seule l’élite urbaine s’amuse à ce jeu parisien? Les vraies gens, eux, ceux de la majorité silencieuse qui ont élu Trump, ne votent qu’aux élections réelles, lorsque cela en vaut vraiment la peine.

Elle ne devrait plus rester très longtemps silencieuse, cette majorité. La démocratisation prend un tour nouveau, en ce début de 21e siècle: l’individu est poussé à son maximum, dans une espèce de processus d’individualisation – ou de démocratisation – à outrance. Un truc du genre 2.0. Certainement, les nouvelles technologies participent de ce mécanisme d’affirmation et de transformation de la démocratie. En matière d’égalité des chances par exemple, mieux vaut désormais compter sur les réseaux sociaux que sur l’école. Ces mêmes réseaux virtuels offrent à chacun l’extraordinaire chance de se mettre en scène. Ceux qui n’étaient personne ont enfin la possibilité de devenir quelqu’un; et d’exprimer une voix et de la faire entendre. S’ouvrent ainsi les beaux jours des référendums avec les surprises qui les accompagnent. On sait depuis la Colombie, en 2016 aussi d’ailleurs, qu’un peuple est capable de voter contre la paix. Au fond peut-être le processus n’est-il pas seulement occidental. Toujours est-il qu’il n’engage pas à la confiance. On en viendrait à regretter le temps des rois.