De fil en aiguilles…!

Filent les ans, file le temps!

Jean-Pierre Lambelet  |  Pour une couturière, la vie est un long tissu qui se déroule avec les couleurs du temps, les couleurs du vent, les couleurs des moments de joie et parfois aussi de peine.

Le mercredi 15 septembre 1926, Marthe et Emile Lambelet veillaient sur le premier sourire de leur cinquième enfant, Simone Antoinette, à la maternité de Lausanne.

Simone a grandi dans la ferme familiale en Vers-chez-Berthoud, au nord de la commune de Puidoux, en compagnie de 3 sœurs et de 3 frères. Elle a suivi sa scolarité tant bien que mal au collège de Grange-Neuve, car de santé fragile, elle a manqué bien quelques mois d’école. Elle garde le souvenir qu’en 1939, à l’âge de 13 ans, elle est allée visiter l’Exposition nationale à Zurich, en plein été, avec un manteau d’hiver sur les épaules…!

Elle démarre timidement dans la vie active en travaillant une année chez des voisins au bord du lac de Bret avant de mettre le cap le 1er avril 1943 sur Lausanne dans un atelier de haute couture où elle accomplit 3 années d’apprentissage avec un salaire mensuel de
Fr. 5.– la 1re année, Fr. 10.– la 2e et Fr. 15.– la 3e, alors que le billet de train Moreillon-Lausanne coûtait Fr. 11.80 par mois…

Si ce n’était pas le grand luxe au niveau de la paie, par contre elle a eu l’occasion de confectionner des robes magnifiques et parfois très chères pour ces belles dames de Lausanne, ainsi que pour des étrangères fortunées qui s’étaient réfugiées en Suisse pendant la guerre.

Elle garde un souvenir particulier du mois que les adolescents devaient passer obligatoirement comme aide à la campagne durant la guerre pour seconder les paysans qui étaient mobilisés. Elles étaient une dizaine de filles logées à la cure de Goumoens-la-Ville avec la chambre à lessive comme salle de bain…!

Son apprentissage terminé, elle travaille à la journée dans la région comme couturière itinérante et n’hésite pas à monter sur les planches pour jouer dans les pièces de théâtre de la Jeunesse de Puidoux.

C’est d’ailleurs là que les regards de Frédy Leyvraz et Simone Lambelet se sont croisés pour décider de regarder ensemble dans la même direction le 21 août 1947 lors de leur mariage à Ouchy.

Frédy travaille chez Lavanchy Transports à Lausanne qui assure des livraisons avec des chars à chevaux avant de peu à peu les remplacer par des camions. Puis, il deviendra chauffeur chez Usego jusqu’à sa retraite. Le couple s’installe d’abord à Pully, puis à Vidy et la famille s’agrandit avec la naissance de Roseline en 1949 et de François en 1950.

En 1964 tout ce petit monde déménage à Puidoux, à proximité du village, dans une villa toute neuve baptisée «Gratte-à-cul» ou plus communément «les Grattes» qui allait devenir un lieu sympathique de nombreuses rencontres familiales pour ses 6 petits-enfants et ses 7 arrière-petits-enfants.

Et jusqu’à sa retraite, Simone a œuvré dans la confection à l’Innovation à Lausanne, puis chez Modesa, société spécialisée dans les rideaux et tissus. Veuve depuis 3 ans, elle s’est installée récemment dans un studio à la Résidence Emeraude au Mont-Pèlerin dans lequel elle se sent bien avec un entourage sécurisant et confortable.

C’est avec un peu d’avance qu’elle a fêté ses 90 ans chez son neveu et filleul là où tout avait commencé, dans la ferme de Vers-chez-Berthoud.

Jean-Rémy Chevalley, au nom de la Municipalité de Puidoux; Denise Gilliéron, pour la Société de couture (normal pour une ancienne couturière…) et Daniel Chaubert pour le Fil d’Argent l’ont gâtée par des présents et des compliments bien mérités.

L’Association des familles Lambelet lui a offert un si beau pain décoré avec les armoiries familiales qu’elle n’a pas eu envie de le découper et qu’elle souhaite garder en souvenir de ce bon moment.