Cully – Giuseppe Scartezzini, hors de l’oubli

A l’Hôpital de Lavaux du 12 janvier au 14 mars. Vernissage le 12 janvier

Christian Dick | Certains artistes ont fait une belle carrière mais finissent par tomber dans l’oubli. Giuseppe Scartezzini est l’un d’eux. Il naît en 1895 à Innsbruck d’un père sculpteur. En 1910, il connaît déjà Augusto Giacometti, son modèle artistique, probablement grâce à son père. Tous deux sont originaires de la même vallée, le Val Bregaglia qui s’étend de l’Italie aux Grisons. En 1915, dans une correspondance, Giacometti écrivait qu’il avait à plusieurs reprises dîné à Zurich avec l’artiste Scartezzini. A cette époque et jusqu’en 1920, Scartezzini travaillait comme géomètre et dessinateur en génie civil à l’usine à gaz de Zurich, ce qui lui assurait un revenu. Comme son modèle, il a choisi Florence pour sa formation. Il s’y établit à l’âge de 25 ans et y restera deux ans. Il y est arrivé en dessinateur technique et en revient comme artiste. En 1923-24, le célèbre peintre le prend comme assistant pour l’exécution de fresques dans le hall d’entrée de l’Hôtel de Ville de Zurich. Ils collaborent encore ensemble à certains projets d’animation dans la vieille ville en 1926-27. En 1932, Giacometti peint la grande carte du monde pour la bourse de Zurich. A la même époque, Scartezzini reçoit pour commande, du nouvel aéroport de Dübendorf, l’exécution d’une carte murale de l’Europe. «La comparaison est correcte», estime-t-il.

Sans titre, 1922, huile sur toile. Bündner Kunstmuseum Chur

Sous le charme des vitraux

Toutefois, il ne faut pas croire qu’il doit tout à Giacometti. En 1916, il adhère au dadaïsme qui a eu ses débuts dans la vieille ville de Zurich en réaction aux horreurs déjà commises au début de la première guerre mondiale. A partir de 1921, il participe à différents concours comme celui du nouveau billet de 50 francs et lance des projets d’affiches. Vers les années 1923-24, il se rend à Strasbourg et tombe sous le charme des vitraux gothiques. Comme beaucoup d’artistes, il est en proie à des doutes et à des craintes. Arnoldo Marcelliano Zendralli, avec qui il s’est lié d’amitié, le lance dans le domaine des vitraux. Celui-ci s’était donné comme objectif de faire connaître les artistes des vallées italophones des Grisons. Dès 1925, il expose avec succès ses oeuvres et, en 1929, il illustre une nouvelle version du livret de famille. La crise sévit en 1931. Les artistes souffrent. Il ne va pas mieux que ses collègues, mais il possède des compétences pour réaliser des vitraux et des peintures murales et participe à l’Exposition nationale d’art de Genève. Il épouse Margherit Wirz en1938, la fille d’un industriel argovien, ce qui l’affranchit des préoccupations financières. Mais elle est protestante, l’église catholique interrompt ses commandes. La pensée oecuménique n’existe pas encore. Les travaux de vitraux et de peinture murale, l’essentiel de son oeuvre, étaient des mandats et devaient satisfaire le commanditaire. C’est ainsi qu’il favorisa un mode de composition proche de l’Art nouveau et du symbolisme. Pour un bon tiers d’entre elles, ses peintures abstraites ne sont pas datées. La tentative d’établir un ordre chronologique a échoué. Néanmoins, les titres des ouvrages conduisent le spectateur vers le choeur du sujet et montrent que ses oeuvres à caractère géométrique ne sont jamais détachées de la réalité. Il n’y eut plus de commandes pour des oeuvres sacrées les seize dernières années de sa vie. De même, ses apparitions publiques et ses productions se raréfièrent ses dix dernières années. Il disparut ainsi de la mémoire. Sa correspondance avec Zendralli est perdue, tout comme les cartes postales réalisées durant la guerre. 1967 marque l’année de son décès à Zurich. Quelques unes de ses œuvres seront exposées dans la cafétéria de l’Hôpital de Lavaux du 12 janvier au 14 mars, avec une préférence pour 1922, une année proche d’Art Déco qui plait à Isabelle Cange-Scartezzini, petite-fille de l’artiste qui met à disposition ces tableaux pour les voir rester vivants.

Le vernissage aura lieu le dimanche 12 janvier de 15h à 18h en présence d’Isabelle Cange-Scartezzini.