Corcelles-le-Jorat – Un îlot forestier d’une surface de 10 terrains de football rendu à la nature et à la biodiversité

La commune a toujours poursuivi une politique d’entretien dans un esprit de durabilité

Gil. Colliard  |  Riche d’un magnifique patrimoine forestier de 250 ha, la commune de Corcelles-le-Jorat a toujours poursuivi une politique d’entretien dans un esprit de durabilité. Aujourd’hui, fidèle à sa ligne de conduite, elle réalise, sur une parcelle de propriété communale, la création d’un îlot de sénescence, loin des sentiers, au lieu-dit «Chalet d’Orsoud», permettant à la nature de reprendre librement ses droits et à la biodiversité de s’y développer.

Une exploitation forestière au plus près de la nature

Pionnière, Corcelles-le-Jorat établissait son premier aménagement forestier en 1853, promulguant le principe essentiel de la forêt: la durabilité, avant la première loi forestière suisse de 1876. Depuis Lothar, fin 1999, l’exploitation des forêts au plus proche de la nature a pris le dessus: fossés drainant dans les zones humides bouchées, choix des essences adapté en fonction des stations, augmentation du bois mort, sur pied et au sol. Dès 2010, la préférence a été donnée au rajeunissement naturel. En 2017, une campagne de désignation d’arbres-habitats a été initiée, en répertoriant déjà une cinquantaine. La commune continue à chercher ce type d’arbre et à les protéger car ils servent de lieu de vie à de nombreuses espèces: le pic noir, la chouette de Tengmalm, les chauves-souris, divers insectes, etc.

Un milieu propice aux espèces saproxyliques (dépendantes des vieux arbres et arbres morts)

Pour 2018, la municipalité a défini sa première «réserve» appelée îlot de sénescence au lieu-dit «Le Plan d’Orsoud», où nous conduisent Daniel Ruch, syndic et Marc Rod, garde-forestier. Dans un écrin de verdure, la prairie fait place à la forêt et nous découvrons cet îlot de 4.53 ha, ne bénéficiant ni de desserte ni de sentier pédestre. Il a été retenu comme surface forestière où l’on renonce à toute intervention et sur laquelle les arbres sont laissés jusqu’à leur effondrement et décomposition complète en vue de favoriser la conservation des espèces dépendantes des bois vieux et morts: champignons, insectes, lichens, mousses et oiseaux. Le but étant de mettre en réseau les milieux particuliers des forêts du Jorat.

Une valeur écologique plus importante qu’économique

Cette parcelle forestière, profitant d’une bonne classe de fertilité, bien que gorgée d’eau, est à une altitude de 870 m. Bordée d’un ruisseau et se situant à proximité d’une réserve de faune, elle est constituée principalement d’une frênaie marécageuse avec deux gouilles artificielles creusées en 2012 présentant un milieu particulièrement avantageux pour les amphibiens, la salamandre tachetée, le crapaud sonneur entre autres. Les conséquences financières liées à l’abandon de l’exploitation de ce massif sont moindres. Ses bois représentant une plus grande valeur écologique que financière en font un lieu propice à la création d’un îlot de sénescence.

Apporter un éclairage plus médiatisé sur les tâches forestières effectuées dans l’ombre

«Le projet de création de cet îlot a été initié en 2014 et adopté au niveau communal et du Conseil d’Etat avec le plan de gestion relatif à la forêt. Ropraz a également validé un projet semblable» informe le syndic. Le perchis d’épicéa, qui peuplait cette surface, a été supprimé il y a une vingtaine d’années, au bénéfice du recrû naturel (verne ou aulne). Lors de l’hiver dernier, le lieu a été assaini une dernière fois avant de devenir un refuge apprécié par la faune. «Les forestiers ne font pas uniquement de l’exploitation, ils apportent leur aide à la nature. Notre erreur est de ne pas communiquer sur cette part importante de notre travail, relatif à la préservation de la biodiversité en forêt» concède Marc Rod.

Marc Rod et Daniel Ruch devant l’entrée de l’îlot de sénescense.