Conversation avec Pierre-Yves Maillard – Le pari du possible

Quand les idées sont à l’épreuve du pouvoir

Comment le pouvoir imprime-t-il sa marque sur les idées qui animent celui qui l’exerce? Comment les idéaux d’une personnalité marquée à gauche, engagée depuis toujours dans le combat politique, s’accommodent-ils de la confrontation quotidienne avec la réalité des décisions concrètes? Qu’est-ce que le pouvoir apprend à l’homme? Pour la première fois depuis treize ans qu’il est membre du gouvernement vaudois, Pierre-Yves Maillard s’exprime en profondeur sur son rapport au pouvoir, ce qu’il a appris, ce qui l’a changé, ce qu’il en a retiré. Dans cette conversation politique à bâtons rompus, entre principes philosophiques et exemples concrets, Thierry Meyer amène l’un des politiciens romands les plus brillants de sa génération à une introspection personnelle sur son action publique. Influence, négociation, renoncement et détermination: Cet ouvrage nous plonge dans la subtile mécanique du pouvoir exécutif, au cœur du fameux compromis dynamique vaudois.

Milka  |  Ce n’est peut-être pas les deux personnes que j’aurais mis l’une en face de l’autre pour une conversation à bâtons rompus, mais je dois dire que le duo fonctionne très bien. Thierry Meyer ne lui épargne aucune question, tout en restant dans la courtoisie. Et Pierre-Yves Maillard ne se dérobe à aucun moment, répond de façon franche comme il a toujours fonctionné, avec le pragmatisme qu’on lui connaît. Aucune question n’est éludée, aucun moment évité. De ses débuts comme syndicaliste, à sa «presque» élection au Conseil fédéral, il répond avec franchise. On sent un homme de compromis, ce qui lui est reproché souvent, mais aurait-il pu négocier ce qu’il a pu obtenir en faveur des plus défavorisés s’il n’avait rien cédé à ses adversaires? Comme il l’explique, il vaut mieux traiter avec ses adversaires que de les combattre et c’est son point fort. On sent aussi l’homme qui est toujours resté près du peuple, qui n’a jamais oublié d’où il vient, quitte à regretter l’afflux d’universitaires dans le monde politique, au détriment des gens d’en bas plus à même de tenter de régler les problèmes qu’ils rencontrent. On l’a souvent critiqué au sein de la Gauche, mais n’est-il finalement pas l’homme de la situation? Ce Fribourgeois devenu bon Vaudois qui, grâce à son pragmatisme et son sens de la négociation, a su trouver des compromis non négligeables avec ses partenaires du Conseil d’Etat? Alors certes, on peut lui tenir rigueur pour cette fameuse RIE3, mais avait-il le choix? Ne pourrait-on pas lui pardonner ces petits écarts au vu de tout ce qu’il a mis en place pour les plus démunis? Ce livre ne nous révèle rien d’extraordinaire, il nous conforte simplement dans l’idée qu’on se fait de ce conseiller d’Etat, qu’on l’apprécie ou pas. Dans tous les cas, on sent chez lui de la sincérité, de l’honnêteté intellectuelle et un cœur à gauche, du moins du côté des plus démunis, quoiqu’on en dise.