Commune d’Oron – Restriction, nouvelles ressources et optimisation

Vendredi 14 septembre, les restrictions d’eau, apparues dans les boîtes aux lettres des Oronais, ont rappelé à chacun que cette denrée vitale n’est pas sans fond.

Textes & photos : Gil. Colliard  |   Une pluviométrie avare, un soleil extrêmement généreux, mettent à la peine sources et pompages, nos habitudes de privilégiés qui n’ont qu’à ouvrir le robinet pour voir jaillir l’or bleu, un parcours administrativement long pour profiter d’une nouvelle ressource, la distribution de l’eau ne laisse pas les responsables du réseau au repos, d’autant que sa complexité qui fera l’objet de futurs investissements importants, ne simplifie pas leur tâche.

Restriction et économie d’eau

Dans son avis à la population, la Municipalité d’Oron, au vu de la sécheresse persistante interdit jusqu’à nouvel ordre le lavage des véhicules, le remplissage des piscines et l’arrosage au jet continu ou au tourniquet. Elle rappelle par la même occasion quelques gestes simples qui permettent à chacun de participer à une économie d’eau. «Dès lors que la commune de Puidoux, l’un de nos fournisseurs d’eau ne pouvait plus nous assurer un débit normal, nous l’avons suivi dans sa démarche de restriction», confirme Frédéric Isoz, ajoutant que la baisse de production a été ressentie aussi au niveau des ressources communales, que Maracon n’est plus vendeur mais acheteur. «Il faudra en tous cas env. 8 semaines, dont une bonne période de pluie, pour que les choses reviennent à la normale» affirme le municipal des eaux. 

L’eau d’Ecoteaux dans les tuyaux du réseau communal

Vers fin octobre, soit 6 ans après les premiers forages effectués en 2012, sur le site d’Ecoteaux, qui avait été identifié avec succès comme une zone intéressante, selon un rapport résultant de l’étude hydrogéologique des ressources d’Oron, l’eau ainsi débusquée (350l/min) devrait venir soutenir le réseau communal. Le long cheminement du forage à l’exploitation passe par tout un panel d’études, de mesures, d’expertises, de contrôles, définition de l’emplacement idéal et de la surface des zones de protection, dont la S1, entourant la chambre de pompage (12.50m x 12,50m), ne tolérant ni construction, ni activité agricole, achat de terrain, etc. En août 2017, la mise à l’enquête, ouverte pour l’octroi de la concession en vue de l’exploitation de ces eaux tirée de la nappe souterraine, soulevait plusieurs oppositions. Retardant les travaux d’une année, ces dernières ont été levées par le canton qui a donné son feu vert à une concession provisoire de 2 ans. «Soit cette concession sera confirmée à l’issue de ce laps de temps, soit nous devrons adapter notre tirage afin de ne pas faire baisser la nappe» explique Frédéric Isoz ajoutant que les analyses de cette eau de boisson sont excellentes mais que par mesures de sécurité, elle sera traitée par rayonnement ultra-violet. 

Un futur réservoir, revalorisation et optimisation des ressources existantes

Avec 70 km de conduites, 1200 compteurs privés, comptabilisant env. 350’000 m3 /an d’eau livrée, 8 provenances, l’organisation actuelle de la distribution de l’eau d’Oron a fait l’objet d’un PDDE (Plan directeur de la distribution de l’eau) validé par le canton en 2014, véritable carnet de route, planifiant les travaux futurs permettant une amélioration de ce réseau fort complexe, piloté à Oron-la-Ville.  «Les prochains investissements concerneront la création du réservoir des Clos, au-dessus de la gare d’Oron-le-Châtel, le dossier est prêt et les travaux devraient débuter en 2019 pour se terminer en 2021. La contenance totale de ce dernier sera de 1800 m3, soit 1200 de réserve alimentaire (RA) et 600 m3 de réserve de défense incendie (RI). Une seconde liaison avec l’AVGG, entre la zone industrielle de Granges (Veveyse) et celle de Palézieux-Gare permettra de mieux profiter de cette ressource tout en garantissant la défense incendie de ce périmètre. L’accent se mettra particulièrement sur l’optimisation des captages existants à Oron-la-Ville: la Longive, les Bures, la remise en fonction de celui de Palézieux: La Côte-aux-Tavans et sur un captage prometteur situé à la sortie d’Oron-la-Ville, au Bois de Mont.» détaille l’élu. 

Pose de la chambre de pompage, le 4 septembre 2018

Sondages effectués en 2016

Les premiers forages effectués en 2012

Le bassin d’Ecoteaux témoin de trois cycles glaciaires quaternaires 1

Mettant la main sur une intéressante étude du bassin d’alluvions d’Ecoteaux, témoins de trois cycles glaciaires, la Municipalité d’Oron nous a gracieusement proposé d’en publier un résumé. Thème qui est dans l’air du temps avec les controverses mondiales sur les modifications climatiques et l’adjonction des eaux d’Ecoteaux dans le réseau communal de distribution. 

Situation géographique

A la frontière entre les cantons de Vaud et de Fribourg, le bassin quaternaire d’Ecoteaux se situe dans la vallée de la Broye, là où cette rivière qui coulait vers le sud dessine un coude prononcé pour se diriger définitivement vers le nord. Entre Ecoteaux, Maracon, la Broye et Palézieux, la morphologie de surface est caractérisée par des reliefs glaciaires : drumlins (crêtes), vallums (crêtes arquées), placages morainiques2 et un important glissement de terrain tardi- et postglaciaire. Ce dernier s’exprime dans la pente qui suit du village d’Ecoteaux jusqu’à la Broye, par des niches d’arrachement en amont et des bourrelets frontaux le long de la rivière, montrant des couches redressées à la verticale.

Résumé des recherches établies après recherches et carottage

La présence du bassin quaternaire d’Ecoteaux, ainsi que la nature de son remplissage sont restés méconnus jusqu’en 1985. Le résumé du dossier établi en 1993, par André Pugin, Evelyne Bezat, Marc Weidmann et Walter Wildi nous apprend que le bassin d’Ecoteaux comporte des sédiments quaternaires issus de trois cycles glaciaires :

• La formation inférieure d’Ecoteaux est composée à sa base par un ensemble morainique suivi des dépôts glaciolacustres puis lacustres. Le sommet de cette séquence est tronqué par une érosion glaciaire. La rémanence3 magnétique inverse des sédiments indique un âge plus ancien que 730’000 ans. Les rares pollens témoignent, dans l’état actuel des recherches, d’un
climat steppique froid suivi d’un certain réchauffement.

• La base de la formation supérieure d’Ecoteaux est de nouveau constituée par une moraine, suivie de dépôts deltaïques glaciolacustres, puis lacustres. Dans ces derniers, les pollens indiquent trois fluctuations climatiques importantes. L’âge de cette formation est plus jeune que la dernière inversion magnétique4 du champ terrestre ; le contenu parle d’un âge antérieur à l’Eémien, (il y a quelques 130’000 ans). 

• Ces dépôts du Pléistocène5 sont profondément recoupés par l’érosion due aux passages des glaciers wurmiens, entre autres, qui ont déposé leurs moraines et modelé le relief.
Les formations d’Ecoteaux témoignent de la présence d’un lac, au Pléistocène, avec un plan d’eau à environ 800 m d’altitude, correspondant aux sommets actuels des collines environnantes.

L’entier du dossier est disponible sur le site :  https://ogoz.ch/wp-content/uploads/2015/11/Andre_Pugin_1993_traces-de-3-glaciations.pdf

Notes :

1 Le Quaternaire a débuté il y a 2,6 millions d’années avec l’apparition de l’homme dont les ancêtres (famille des hominidés) sont apparus et ont évolué durant le tertiaire. Il se poursuit aujourd’hui.

2 Une moraine est un amas de débris rocheux (appelé aussi till), érodé et transporté par un glacier ou par une nappe de glace. Lorsque les dépôts morainiques ne sont pas construits en formes de cordons, on est en présence d’un placage morainique (souvent de moraine de fond).

3 Persistance d’un phénomène après disparition de sa cause.

4 Le champ terrestre s’est inversé environ 300 fois ces 200 derniers millions d’années. La dernière inversion est survenue il y a 780 000 ans.

5 Le Pléistocène est la première époque géologique du Quaternaire et l’avant-dernière sur l’échelle des temps géologiques. Elle s’étend de 2,58 millions d’années à 11’700 ans avant aujourd’hui.

Provenance de l’eau d’Oron: (données 2017)

Production communale :

41% ressources d’Oron-la-Ville (Bures et Longive)

2% ressources de Bussigny.

Achats extérieurs :

12% AVGG (Association Veveyse, Glâne, Gruyères) les eaux de Charmey et Grandvillard

4% AIEJ (Association intercommunale des eaux du Jorat) les eaux de Lausanne par le lac de Bret

11% à Maracon

13% aux Barussels (Granges)

17% à Puidoux.

Quelques mesures simples d’économie tirée du site communal www.oron.ch

Consommation moyenne par personne : env. 150l/jour soit 50 à 55m3/an.  Etre attentif à sa consommation peut sensiblement la réduire.

A la maison

• Préférer une douche (60 à 80 l) à un bain (150 à 200 l).

• Lors de la vaisselle, remplir 2 bacs (lavage et rinçage) au lieu de laisser couler l’eau.

• Stopper l’eau lorsqu’on se savonne, se lave les dents, se rase.

• Faire tourner le lave-linge et le lave-vaisselle lorsqu’ils sont pleins ou utiliser la fonction «demi-charge»,
si existante.

Les fuites

Une chasse d’eau qui fuit peut gaspiller jusqu’à 600 l d’eau par jour; un robinet jusqu’à 300 l, d’où l’importance de vérifier régulièrement tuyauterie et robinetterie. Des canalisations mal entretenues peuvent fuir à l’intérieur des murs, d’où l’importance d’être attentif aux bruits tels que sifflements. A l’extérieur, l’apparition d’une flaque ou un endroit anormalement humide peut indiquer une fuite sur la conduite d’amenée.

Au jardin 

• Arroser juste avant la tombée de la nuit pour éviter l’évaporation

• Biner régulièrement la terre facilite l’absorption de l’humidité de la nuit et la rosée

• Ne pas arroser ni tondre la pelouse en été, elle reverdira dès les premières pluies

• Préférer l’arrosoir au jet si le jardin est réduit, l’écoulement plus lent est mieux absorbé.

Véhicules

Avant tout lavage, évaluer si cela est vraiment nécessaire, surtout lors d’une longue période sans pluie.