«Lucky» – Le chant du cygne d’un mari célèbre

«Lucky» Fiction, comédie, drame, de John Carroll Lynch

Colette Ramsauer  |  Dans un paysage de far-west, une tortue apprivoisée traverse la largeur de l’écran. Son évasion nourrit les polémiques d’une petite ville perdue au milieu de nulle part, sur fond de cactées et soleil couchant. Des personnages originaux et touchants y flânent, dont le mélancolique Lucky interprété par Harry Dean Stanton, figure emblématique du cinéma depuis les années 80.  Dans son rôle ultime, l’acteur musicien nous joue l’air de Red River Valley à l’harmonica.

Café du peuple

La fuite de «Président Roosevelt», tortue centenaire, brise le coeur de son maître Howard (David Lynch acteur, cheveux coupe sage pour l’occasion). Timidement, le vieil homme fait part de son désarroi dans un Diner de l’endroit, tenu par Elaine (une Beth Grant, toujours alerte) percutante barmaid sur l’âge. A son bar, des personnages originaux, tel Lucky (Harry Dean Stanton) cow-boy hispano vieillissant, fervent défenseur de la cigarette. Ils passent leur temps à refaire le monde. 

Fan de Liberace

Le cow-boy nonagénaire traîne sa vie de solitude de chez lui au bar, du bar à chez lui où il se met aux mots croisés, regarde sans conviction des jeux télévisés, ou encore des archives du pianiste Liberace, son idole des années 50-70. Il fait chaque jour ses poses de yoga, joue de l’harmonica, fume et fume encore… trop? Son médecin lui répète que tout va bien, son seul problème étant que l’âge est bien là. Introspection faite, une rencontre, une étreinte, une fête d’anniversaire, un air mariachi, le requinquent.

Acteur dans «Paris Texas»

Peu de temps après la sortie du film, Harry Dean Stanton décédait à l’âge de 91 ans. Son interprétation dans «Lucky» inspiré de sa vie et de sa personnalité, résonne désormais comme un chant du cygne. Sa renommée avait débuté en 1984, avec le rôle de Travis, mari de Jane (Nastassja Kinski) dans Paris, Texas de Wim Wenders. Au théâtre, au cinéma, musicien, chanteur, ses rôles ne se comptent pas. Alors que l’acteur quitte l’écran, le réalisateur John Carroll Lynch (sans lien de parenté avec David Lynch) signe son premier film. Acteur prolifique lui aussi, il s’est remarquablement adapté à la personnalité de Harry Dean Stanton. Avec le recul nécessaire,  sans importuner l’acteur au grand âge, il a donné toute sa liberté au rôle titre. L’humour est moins dans le personnage original de Lucky que dans les situations qu’il engendre. L’air de Red River Valley rejoint la belle diversité du choix musical de la bande originale. Un agréable moment de cinéma, jusqu’au retour de la tortue.

«Lucky»

Fiction de John Carroll Lynch, USA, 2017, 80’ vost, 8/14ans – Prix oeucuménique Locarno 2017 – Avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston et Beth Grant

Au cinéma de Chexbres les 4 et 5 mai à 20h30.