Chexbres – Georgette Gfeller, une vie toute donnée

Anniversaire – Elle repasse la vie pour la rendre un brin plus jolie…

Pierre Dominique Scheder, Chronicœur de Chexbres | Georgette Gfeller a fêté ses 90 ans le 16 mars dernier. Elle est née à Villars s/Yens et habite Chexbres depuis 1960. Je la rencontre à l’Hôpital de Lavaux, jolie en sa coiffure grisonnante telle des barbiches de sous-bois. Elle est en la bonne compagnie de sa fille Nicole. D’entrée, Georgette me confie : « J’étais de la vieille école, celle où les femmes devaient rester à la maison, ne pas faire d’études. Même si la «prim’sup » ou le Collège était réservé aux garçons, j’ai quand même eu la chance de suivre avec succès une formation de nurse à la pouponnière de l’Abri à Lausanne. Mais ma vie professionnelle s’arrêta tout net lorsque ma mère exigea que je m’occupe de ma grand-mère malade, car à la campagne tout le monde participe! Et bien que la cheffe de la nurserie vint plusieurs fois frapper à la maison : « Georgette on a besoin de vous ! Une belle place ! », le niet maternel l’emporta et j’ai donc dû me sacrifier et tout abandonner. Heureusement, c’est plus comme cela aujourd’hui! On laisse les jeunes faire ce qu’ils veulent. Et les femmes s’organisent et se défendent ! « Gare aux panthères grises ! » Puis Georgette rencontra Werner, un électricien suisse-allemand qui allait de ferme en ferme proposer son ouvrage. Le courant passa immédiatement entre eux deux et ils se marièrent en 1954. Ils eurent deux enfants, Nicole et Philippe. Après un séjour à Morges, la famille s’installa dès 1960 à Chexbres où Werner ouvrira un magasin d’électricité et où Georgette sera sur tous les fronts de la solidarité familiale et villageoise. En effet, elle n’oubliait aucun anniversaire. Au four et au moulin des mille petits coups de main pour les autres et les siens, elle repassait la vie pour la rendre un brin plus jolie. D’un côté elle raccommodait, cousait, tricotait pulls, écharpes, habits de poupées et de l’autre, elle confectionnait plein de douceurs, une véritable industrie de biscuits à l’arôme gentillesse. Nous savons tous la force et l’efficacité de telles petites actions. Et ce n’est pas sa ribambelle de petits-enfants et arrière-petits-enfants (et mon petit doigt me dit qu’on attend le septième) qui me contredira! Bref, comme le résume si bien sa fille Nicole, « Elle, c’est les autres ! » Alors, chère Georgette, il est temps de vous reposer. C’est votre tour, Dame du pays, « de vous laisser parler d’amour ! » Non, tout ne s’arrête pas au seuil de l’EMS. Vos gens sont là pour vous fêter. Alors, si cette histoire de Bon Dieu auquel vous croyez est vraie, Il vous rend déjà au centuple tous ces petits bonheurs semés. Un exemple? Et bien, au moment de se dire au revoir, passa l’aumônier de Lavaux qui bénit promptement toute notre petite assemblée! Délicate cerise sur tous ces gâteaux, tout est bien! Allô Maman Bravo!