« Chez Saïd » de Cédric Comtesse

Monique Misiego | Il est des écrivains qui réussissent à la première publication, qui accèdent directement aux maisons d’édition les plus en vue. Tant mieux pour les bons livres, mais j’ai beaucoup de doutes sur la qualité de la publication parfois. On adhère immédiatement à certains auteurs, c’est plus ardu pour d’autres, et on reste totalement en-dehors pour d’autres. Ça m’est arrivé maintes fois. Là, c’est différent. Je traîne parfois sur les réseaux sociaux (même souvent) et j’ai été interpellée par un gars qui publiait des extraits de son bouquin. Là encore, on peut se dire que s’il n’est pas publié, c’est peut-être qu’il y a une raison. Comme je suis curieuse de nature, je me décide à lire quelques passages et je suis vite surprise par l’écriture. Je prends contact avec l’auteur pour qu’il me fasse parvenir son roman. Et là, je me dis que certaines maisons d’édition n’ont pas les yeux en face des trous, ou alors ils n’ont pas tout lu. Parce que c’est une petite merveille ce bouquin. J’ai tout aimé, l’histoire, les paysages, les personnages, les thèmes abordés, tout est fluide et limpide. Ça commence à Alger. Said doit fuir l’Algérie à cause des massacres perpétrés dans les villages les plus reculés. Son ami Karim meurt devant lui. Il arrive en France, dans les fameuses cités, où il ouvre un petit tabac, qu’il tiendra toute sa vie. Sa femme, Miluda, reste enfermée, dévouée à sa famille, effacée comme les femmes algériennes de cette génération. Ils ont la charge de leur petit-fils qui va disparaître brutalement. Pour sa femme, Said va partir à la recherche de ce petit-fils, sur les chemins de la Syrie et de l’Etat islamique. S’ensuit une série d’aventures où le pauvre homme risque sa vie maintes fois à l’âge où il pourrait rester tranquillement chez lui auprès de sa femme. Je ne vous raconterai pas la fin, sinon ça ne vaut pas la peine que vous le lisiez, quoique… J’ai relevé plusieurs sujets abordés par l’auteur. Premièrement, le radicalisme qui fait des dégâts dans les cités, brisant non seulement le destin de ces jeunes mais également celui de leur famille. Mais j’y ai aussi relevé l’amour inconditionnel des grands-parents pour leur petit-fils, l’homme allant jusqu’à risquer sa vie pour le retrouver. On pourrait aussi soulever le problème des femmes d’origine arabe dans ces cités, qui sont souvent livrées à elles-mêmes, ayant pour seule tâche d’assurer la logistique auprès d’enfants qui ne les écoutent plus depuis longtemps. Ce livre est écrit, selon moi, comme un roman en premier lieu mais également comme une prise de vue sur la situation actuelle. En le lisant dans 50 ans, on pourrait tout-à-fait se rendre compte de quelques phénomènes de société actuels. Mais l’histoire du personnage prend quand-même le dessus et elle est extrêmement bien écrite. Le décor, les paysages y sont très bien décrits. L’auteur est réalisateur à la télévision et ça se voit. Tout y est, à la façon d’un reportage. Bien dommage que les maisons d’édition ne se soient pas rendu compte de la qualité de cet ouvrage. En tous les cas, je vous le conseille fortement. L’auteur, Cédric Comtesse, est né le 22 juillet 1967 à Neuchâtel. Il a par la suite fait des études de cinéma à Genève, ville dans laquelle il s’est installé. Il travaille depuis 20 ans comme réalisateur à la RTS. Un de ses documentaires «Les 33 contours de la chanson romande» a été diffusé pendant les fêtes, fin 2018. Il a publié un premier roman en 1999 «Les filles roses n’ont pas de fantôme» qui avait été bien reçu par la critique. Il a ensuite écrit un roman sur les filles disparues de la ville mexicaine de Ciudad Juarez, qui n’a pas trouvé d’éditeur. Celui dont je vous parle non plus d’ailleurs, puisque l’auteur l’a écrit en 2015. C’est surprenant, car la qualité est là, l’écriture aussi. A commander auprès de l’auteur au 077 / 436 50 67 ou par Amazon.fr ou cede.ch