Ces enseignes qui écrivent l’histoire dans le ciel

Gérard Bourquenoud  |  L’origine de l’enseigne remonte aux origines de notre civilisation. D’emblée, elle a servi de complément à l’écriture et l’a même remplacée pour les personnes ne sachant pas lire. Comme les maisons n’étaient pas numérotées et les rues à peine désignées, avant la Révolution, les commerçants et les auberges furent bien forcés de recourir à l’enseigne; d’abord peinte, puis découpée dans le métal. Il fallait suggérer le genre de commerce ou le nom de l’auberge pour attirer l’attention du passant. Par un singulier retour aux choses, on donna souvent aux rues, le nom porté par une enseigne. A Morges, on trouve une rue des Trois-Suisses, nom d’une auberge à l’enseigne des trois fondateurs de la Confédération. L’auberge et son enseigne ont disparu depuis longtemps, mais le nom est resté à la rue. A une certaine époque, le charme des vieilles auberges venait souvent des enseignes placées au-dessus de la porte d’entrée. Elles constituaient la seule parure d’une rue, grâce à leurs belles ferronneries rehaussées de couleurs vives. Fréquemment, pour plaire au souverain, l’aubergiste adoptait pour son enseigne la croix de Savoie, le lion de Habsbourg, la clé d’Unterwald, la grue de Gruyères et, naturellement, l’ours de Berne. A Vevey, par exemple, les  musées les offraient en prêt aux commerçants en guise de décoration extérieure de leurs magasins. Un art public qui existe encore dans certaines villes comme Fribourg, Berne, Zofingue, Lucerne et bien d’autres. On constate qu’aujourd’hui on préfère l’enseigne en fer forgé à celle qui est simplement peinte à l’huile du fait que cette dernière ne résiste pas longtemps aux intempéries. Les couleurs de cette dernière pâlissaient tellement, comme celles des volets, que les artisans étaient contraints de les repeindre à chaque génération. La photo de l’enseigne découverte dans le village de St-Saphorin date des années 1970. Elle porte le nom «A l’Onde», décorée d’un bateau à voile du Léman. Indiquait-elle un commerce ou une auberge? Des habitants de ce village pourraient peut-être nous éclairer ou même nous confirmer si de telles enseignes embellissent encore les rues. Selon un historien, ces enseignes «écrivaient dans le ciel» l’histoire, les mœurs, les coutumes, le patrimoine d’une époque. Et en plus, elles constituaient un décor agréable à l’œil.