Blague électoraliste et guerre mondiale

Laurent Vinatier  |  Facebook a sauvé mon week-end ; comme souvent…. Je me morfondais ce dimanche devant les élections parlementaires russes, dont le peu de suspense rappelle l’ennui envoûtant d’un film roumain, lorsqu’au détour d’un post je tombe sur Barack Obama en campagne (probablement en faveur d’Hillary Clinton) commentant l’entrain positif, peut-être feint mais en tout cas affirmé, de Donald Trump pour Vladimir Poutine. Et le président américain de lâcher littéralement à propos de son homologue russe: «[Trump] dit de lui que c’est un Chef! Mais pourquoi? Parce qu’il envahit de petits États, emprisonne ses opposants, contrôle la presse et plonge l’économie de son pays dans une longue récession?» Il poursuit même, se moquant de l’admiration du candidat républicain pour les 80% d’opinions favorables du président russe: «Saddam
Hussein aussi avait des résultats de ce type». Il termine alors: «Lorsqu’on a aboli toutes les libertés civiles, il est normal que les gens quand on leur demande, répondent qu’ils adorent leur chef.»

Pendant ce temps en Syrie… les tensions montent entre les deux puissances. Les États-Unis viennent de frapper l’armée syrienne, alliée des Russes, dans l’est. Les Russes, quant à eux ce week-end, ont bombardé Alep qui n’en avait pas besoin, car, ont-ils fait valoir, des groupes rebelles soutenus par les Américains préparaient une offensive d’envergure contre Assad. La trêve capote, le cessez-le-feu du 12 septembre n’est plus qu’un bon souvenir. Il semble que les convois humanitaires non plus ne passent pas, faute de garanties suffisantes de la part du gouvernement syrien. Même s’il est vrai que le président russe qui a remporté une éclatante victoire parlementaire avec plus de 50% des suffrages doit se sentir rasséréné et être d’humeur plutôt joyeuse, il n’empêche qu’il pourrait vouloir réagir, animé d’une euphorie véhémente. D’autant que sur le front intérieur, la situation économique et sociale ne s’est pas améliorée pour un sou et qu’il faudra bientôt se préparer à l’élection présidentielle. On se doute bien alors qu’une flambée internationale n’est jamais de trop.

C’est justement que résonnent les mots publics et donc presque officiels de Barack Obama aux oreilles agacées de son homologue du Kremlin. Il y a quelques décennies, franchement, on déclarait une guerre pour bien moins. Napoléon III en 1870 s’est fâché pour des broutilles contre la Prusse… Par chance, cette semaine, on devrait éviter un cataclysme nucléaire, comptant sur la capacité d’encaissement du président russe et sur les circonvolutions des diplomates américains qui n’avaient probablement aucune envie d’aller au bureau lundi matin. On peut attendre cela dit avec gourmandise une réponse appropriée, c’est-à-dire essentiellement ironique, du président russe. Au-delà de la guerre des mots, qui a commencé, on sent quand même un léger énervement traverser les chancelleries de quelques grands et puissants pays. Personnellement, je ne parierais pas qu’une prochaine coïncidence de ce type, avec d’autres leaders, ne puissent pas effectivement dégénérer à la manière de Napoléon III.