Avant les tournesols Sarah Berti – Editions Luce Wilquin

Milka  |  Mons, mai 2006, on retrouve le corps d’une femme, Lena Orioles, à son domicile, le crâne fracassé. Sa petite fille, Paloma, hurle à côté d’elle. C’est ce qui va d’ailleurs alerter cette voisine acariâtre, les pleurs de cet enfant, et la pousser à entrer et découvrir ce corps. Très vite, un des amants de cette femme, un voisin père de famille ordinaire, va avouer le meurtre presque instantanément puisque l’arme du crime, une statuette, est retrouvée dans son jardin. On pourrait en rester là, ça tient la route. Chacune reprend sa vie, le fils aîné de cette femme, 18 ans au moment des faits, qui prend en charge ses deux sœurs, 6 ans et 18 mois, chacun évoluant cahin-caha avec ses blessures. Mais un évènement presque passé inaperçu va venir tout chambouler dans cet équilibre si fragile. L’assassin demande la révision de son procès à la suite d’un nouveau témoignage qui lui fournit un alibi solide. Mais la fille cadette, personnage à fleur de peau, va se lancer dans une quête effrénée de la vérité. A partir de là, les personnages se regroupent ou réapparaissent, chacun ayant joué un rôle quelconque au moment de la mort de Lena. Et chacun apporte un éclairage nouveau sur la personnalité de cette femme, mais pas seulement. Le suspense est très finement maintenu, le lecteur se sent pris dans un tourbillon de retournements plus tangibles les uns que les autres. A plusieurs reprises, on croit tenir le coupable, mais il n’en est rien! Ce pourrait être un polar un peu noir, mais au contraire, c’est un livre très lumineux, qui flirte sans cesse avec la peinture et l’art en général, mais plus spécialement avec Van Gogh, très présent dans cet ouvrage. L’intrigue se déroule d’ailleurs dans la maison du Marais à Cuesme, où Van Gogh a séjourné. Son histoire se mêle souvent à l’intrigue dans certains passages. Plusieurs thématiques sont abordées dans cet ouvrage comme le déni de grossesse, mais aussi le deuil et la reconstruction, spécialement chez des enfants ayant vécu un tel drame, avec les blessures qui s’expriment, mais aussi celles qui se taisent et qui nous rongent au plus profond de nous-mêmes. L’auteure, Sarah Berti, publie ici son 10e opus, en se démarquant de ses trois précédents polars. Je dois dire que celui-ci me donne fortement l’envie de découvrir sa biographie, polar ou pas. Un livre à saisir et ne plus lâcher.