Aurore, conte de Noël kiwanien

Il m’a fallu longtemps pour comprendre ce regard… Pourquoi si bleu ? 

Le murmure des feuilles dans l’air bleu du jour naissant, pourquoi si bleu? 

De cette aube mélange d’arc-en-ciel de nos pensées, là, à l’horizon, cette immense boule de feu, l’astre de vie. 

Etrange, pourquoi ce bleu qui le hâle? Ce regard, ces yeux, pourquoi si bleus?
Peut-être porteurs d’un message. Elle était là, devant moi, avec ce regard, sa couronne de cheveux blonds, telle une auréole flamboyante sur son visage. Ce visage, si grave,
si pâle et tellement sérieux pour ce petit bout de fille, avec ces yeux si bleus! 

Bonjour! me dit-elle! Comment tu t’appelles? Bonjour petite fille! Mon nom est Pierre. Ah! Et bien moi, je m’appelle Aurore. Alors, aujourd’hui, tu seras mon copain et me prend la main. Ah! Bon?… Un frisson. Oui! Avec mon club, le KC Chailly-Lausanne, nous respections une tradition naissante, partager une journée de joie, d’amour et d’amitié avec des enfants atteints dans leur santé, frappés de ces graves maladies pernicieuses, que sont la leucémie et le cancer. 

Le soleil avait quitté l’horizon et se réjouissait avec nous. Aurore me tenait la main. 

Ils étaient une vingtaine d’enfants, filles et garçons, tout sourire, émerveillés par la surprise que nous leur réservions, direction Europa-Park. 

Lentement, le car sous les applaudissements s’ébranla. 

Et la magie s’opéra. Il y avait Guy, notre magicien… Rires, encore… encore…
tels un gazouillis ininterrompu. Aurore, ce regard si bleu se remplissait de malice, l’enfant était avec nous dans ce rêve que nous lui offrions. 

Le car s’arrête, Europa-Park! Un vol de moineaux s’en échappe, dans tous les sens, vite regroupé. Ah! Cette journée! 

Rien ne les arrêtait, ils mangeaient avec frénésie leur jeune existence. 

Avec Aurore, bien sûr, tous les manèges pour petites filles. 

Ce regard toujours si bleu avec de temps à autre cette petite pointe d’interrogation
si profonde, presque de la mélancolie. 

Un autre manège, et la vie, le rire reprenaient cours. 

Je sens toujours sa petite main dans la mienne. A nouveau, un frisson car je savais.
Je pense que mon regard s’est rempli d’un voile d’émotion. Aurore m’a souri sans un mot. 

Blottie sur son siège, ses yeux si bleus se sont doucement fermés. 

De temps à autre, un léger soupir… 

Que c’est beau un enfant! Sa main ne me lâchait toujours pas. 

Lausanne. Un dernier regard tellement interrogateur, ce regard si bleu dans la nuit naissante. 

Je ne sais si tu es retournée dans les étoiles mais souvent ton regard si bleu, ce sourire parfois trop mûr pour ton âge, ta toison d’or… 

Oui Aurore, il m’a fallu longtemps pour comprendre ce regard et encore plus
pour te remercier de m’avoir offert ce cadeau, d’avoir été… ton copain au cours
d’une journée inoubliable. 

Bonsoir, comment tu t’appelles? Bonsoir, petite fille, je m’appelle Pierre.
Ah! Et bien moi je m’appelle Aurore.
Doucement, elle se retourna, sa silhouette s’estompa dans la nuit. 

Pierre Scheidegger, Kiwanis Club Chailly-Lausanne