Aujourd’hui, on fait la fête de Noël à l’école.

Ana Cardinaux  |  Il était  une fois,  une ville où tous les habitants étaient des couturiers et des couturières. Depuis petits les enfants maniaient ciseaux et aiguilles avec une grande agilité. Cette année-là,  alors qu’on approchait les fêtes de fin d’année, une école de couture s’y préparait d’une façon originale. Chaque mardi, des jeunes filles coupaient et cousaient des doudous avec des tissus recyclés. L’idée a été lancée par une des jeunes étudiantes, qu’on appelait la jeune fille au long cou, à cause justement de son cou très allongé. C’est elle qui avait contacté le gérant d’un grand centre commercial et lui a proposé d’acheter les doudous pendant la période de Noël.  L’échange, de la vente permettrait au magasin de faire cadeau d’un jouet à chaque enfant pauvre de la ville. Quelques semaines plus tard les jeunes filles étaient heureuses d’arriver au bout, plein de doudous attendaient le départ;  il fallait juste les étiqueter et emballer.

C’est ce matin-là, que tout d’un coup la jeune fille au long cou s’aperçoit que son doudou n’était plus à sa place. Il avait disparu de l’étagère. Celle-ci était remplie de doudous éléphantes aux tissus fleuris, des zèbres aux petits pois noirs, des girafes aux étoffes multicolores et des ours confectionnés en patchwork. Tandis que son doudou, lui, il était unique, en plus d’être habillé d’un pyjama aux couleurs arc-ciel, il était le seul à avoir des pieds en caoutchouc; des pieds récupérés de la vieille poupée de la jeune fille au long cou.

Mais où pourrait bien se cacher ce petit coquin! On avait beau retourner toute la pièce, toujours pas l’ombre du doudou. La jeune fille au long cou avait des larmes plein les yeux, des larmes qui s’y agrippaient. Découragée, elle est partie chercher des mouchoirs dans son casier plein à craquer de tout ce qu’on peut oublier au fil des saisons. Il y avait même un vieux trognon de pomme derrière des foulards d’été. Le fond de cette minuscule armoire était encombré de paires de souliers, au milieu desquels se dressaient des bottines roses. En prenant  dans son sac un paquet de mouchoirs, sa main les a lâchés gauchement dans une bottine. En fouillant elle toucha quelque chose de doux. C’était, devinez quoi, bien sûr, son doudou.

La jeune fille s’en empara prestement en le tenant contre son long cou, puis partit en courant aux toilettes s’essuyer la figure.

Soudain une petite voix lui susurra à l’oreille:

– C’est de bottines que j’aurais besoin… pour me protéger du froid!

La jeune fille au long cou sursauta, elle l’approcha tout doucement de son visage et lui demanda:

-Tu parles, toi?

– Oui! Dis, tu pourrais m’en faire des bottines, j’ai les pieds toujours gelés, continua le doudou.

-Tu rêves mon petit. Avec des bottines aux pieds, tu serais un vrai danger pour les bébés qui  pourraient s’étouffer.

-Mais si personne ne m’achète, tu viendras me chercher, tu me le promets, lui supplia, le doudou.

– C’est d’accord, je te le promets, répondit la fille en touchant ses petits pieds.

L’après-midi même, tous les doudous se sont retrouvés suspendus dans le rayon jouets du magasin. Et les jours suivants presque tous les doudous se sont vendus. Sauf le doudou aux pieds en caoutchouc.

Un soir, qu’il faisait plus frisquet que d’habitude, le doudou éternue précisément au moment où le  surveillant déboulait dans l’allée avec sa lampe torche, surpris celui-ci s’arrête net et envoie le faisceau de lumière à droite, puis à gauche, s’arrêtant sur le petit doudou.

– Bof, se dit le vigile, ce ne sont que des joujoux, j’ai besoin de vacances! et il continua sa ronde.

Le lendemain, veille de Noël le doudou se réveilla de très bonne humeur. En se balançant sur son crochet il se répétait:

– Je suis sûr qu’elle viendra.

Et il croisait les doigts des pieds pour se retrouver à nouveau avec celle qui l’avait dessiné et conçu, la jeune fille au long cou.

Bientôt, un monde fou envahissait les rayons jouets, des familles pauvres accompagnées de leurs enfants choisissaient leur cadeau de Noël offert par le magasin, grâce à la vente des doudous. Devant autant de belles choses les bambins étaient enchantés, leurs regards rayonnaient de bonheur. Le doudou aux pieds en caoutchouc voulait croire que son Noël  aussi serait  plein de magie, il rêvait d’un beau cadeau – des bottines. Lorsqu’il a fermé ses yeux pour les imaginer,  il s’est senti emporté par une main qui l’a posé contre un long cou. C’était la jeune fille au long cou…