Assainissement du tunnel de Bertholod à Lutry

Thomas Cramatte |  Un chantier atypique est en cours de réalisation depuis février. Son emplacement délicat et l’impossibilité d’interrompre le trafic ferroviaire complexifient les habituels procédés. Les CFF mettent le paquet afin de rendre l’ouvrage le plus invisible possible une fois achevé.

Aux abords de la gare de Lutry, en plein Lavaux, le tunnel de Bertholod fera peau neuve d’ici le printemps 2021. Datant de 1861, l’actuel ouvrage ne répondait plus aux normes de sécurité ni à un passage aisé des trains à deux étages.

Les travaux consistent à creuser autour du tunnel existant une tranchée constituée de 244 pieux en bêton armé, ce qui permettra d’élargir ce dernier et de proposer un tunnel plus sûr en cas d’évacuation. «De cette manière, le trafic ferroviaire n’a pas besoin d’être interrompu», nous apprend Dominique Sallin, chef de projet pour la ligne Lausanne-Brig.

Avec une largeur supplémentaire de 2 mètres et une hauteur passant de 6 à 8 mètres, le chantier se veut également respectueux de l’environnement. 

Aux petits soins avec mère nature

Afin de sauvegarder la faune et la flore qui surplombent le tunnel, les 12’800m2 de vignes arrachés seront restaurés à l’identique une fois les travaux terminés. 

Pour ce faire, les CFF s’appliquent à protéger les sols viticoles. La terre est ainsi triée et traitée en fonction de sa profondeur et du taux de pollution, de sorte à ne pas altérer ses qualités nourricières pour les futurs ceps. Stockée à proximité du chantier afin d’éviter tout transport inutile, les CFF ont déjà économisé plus de 40 tonnes d’émissions de Co2. 

Hormis la terre, la faune qui logeait sur place n’est pas en reste. «Certains murs ont dû être démolis. Nous avons donc fait appel à des biologistes afin de capturer les lézards des murailles qui demeurent à l’intérieur. Une niche pierreuse a été créée pour leur permettre de trouver refuge sur place», nous explique Alain Stuber, du bureau d’études en environnement Hintermann & Weber SA. Ce pierrier restera permanent même au-delà des travaux, de cette façon, les reptiles regagneront les murs selon leurs envies. 

Tout est sous contrôle

244 pieux en bétons armés seront installés de part et d’autre du tunnel. Avec ses 136 mètres, le tunnel de Bertholod est sous surveillance permanente. Des géomonitorings ont étés installés afin de contrôler toutes vibrations suspectes d’atténuer le trafic ferroviaire. «Imaginons que la ligne soit interrompue en raison d’un potentiel danger d’effondrement. Aucun service de bus d’urgence n’arriverait à assumer une telle quantité de voyageurs», précise Pape Gaye, chef du projet environnement des CFF.

Tous les éléments sont passés au crible: l’eau est analysée avant d’être rejetée, la pollution de l’air est contrôlée, les nuisances sonores sont réduites au maximum afin de respecter le voisinage.

Dans les moindres détails

Une fois le chantier achevé, le tunnel de Bertholod se fondra dans le paysage. Les ceps de vignes seront replantés et les portails du tunnel seront même repeints dans une couleur identique aux murs de pierre environnants.

Avec des portails plus hauts et des murs surélevés, le tunnel fournira un excellent point de rendez-vous pour tous les lézards en mal de chaleur…

Plusieurs bacs permettent de filtrer l’eau avant d’être remise en circulation