Anita Porchet, émailleuse

Nathalie Michlig  |  Originaire de La Chaux-de-Fonds, Anita Porchet a élu domicile, en écoutant les raisons de son cœur, à Corcelles-le-Jorat il y a 18 ans maintenant. Dès son plus jeune âge, elle est inspirée et initiée par son parrain, graveur-sertisseur de son état. Elle a passé des heures en atelier à ses côtés, exerçant depuis cette époque ses doigts et ses mains aux techniques traditionnelles de l’émaillage. De l’Ecole des Beaux-arts à Lausanne à l’enseignement du dessin et de la peinture ou de l’émail pour bijoutiers et graveurs à La Chaux-de-Fonds, elle a acquis de l’expérience et s’est mis à son compte il y a plus de vingt ans. Actuellement, elle travaille avec deux autres personnes dans l’antre de son lumineux atelier, sur un établi que lui avait offert son père, entourée d’innombrables fioles de pigments, de minuscules pinces, de loupes. Un métier qu’elle exerce tel qu’il était exécuté autrefois, perpétuant une technique et un savoir-faire traditionnels. Un métier où il faut avoir un certain caractère, une disposition à pouvoir se mettre dans une bulle, hors du temps, de longues heures durant. Exigence et rigueur en sont les maîtres mots. Comme elle le dit, c’est l’éloge de la noblesse du travail de la main. Maîtrise d’une technique spéciale de l’artisan et connaissance alchimique des couleurs, leurs réactions au contact du feu. L’émailleuse Anita Porchet peint du métal, des cadrans de montres, crée des bijoux contemporains. L’émail, c’est du verre que l’on va broyer plus ou moins finement, que l’on va déposer sur le métal, puis passer au feu pour qu’il entre ainsi en état de fusion et adhère au support. Les oxydes de divers métaux vont donner les différentes couleurs au verre, c’est un long processus de couches successives, tout en nuances et transparence. Avec minutie et précision, une palette de couleurs sur l’ongle de son index et une bruxelles entre les doigts, elle crée avec une infinie délicatesse et patience jusqu’à la pénétration des couches colorées qui se révèleront au contact du feu. Chaque nouvelle pièce est un challenge, comportant les risques de la non-maîtrise de la matière. Une grande force psychique est mise à l’épreuve au rythme des tests, des échecs et des recommencements. L’émail traverse les âges et les époques sans que l’éclat de ses couleurs ne s’altère, mais il peut néanmoins se briser. L’exécution de ces créations se compte en jours, semaines, mois et années, à partir de thèmes ou de reproductions d’œuvres de peintres célèbres. Un monde où l’infiniment grand côtoie l’infiniment petit, comme ce défi qu’elle a relevé de reproduire une peinture de Chagall de 200 m2 sur un cadran de 7 cm ! Sa clientèle: de petites et grandes maisons horlogères, des collectionneurs aussi. Anita Porchet est la gardienne d’un savoir-faire qui a ses lettres de noblesse, préservant avec éthique une technique ancestrale évoluant esthétiquement avec l’air du temps.