Amérique

illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop | Les Etats-Unis du tapageur Donald Trump ; le Brésil de l’exalté Jair Bolsonaro ou encore le Vénézuela du tyrannique Nicolas Maduro : l’actualité des deux Amériques a passablement occupé la une de l’actualité en ce mois de janvier qui s’achève. 

Mais pourquoi le Nouveau Monde a-t-il été affublé du nom d’Amérique ? La réponse est assez banale : les nouvelles terres découvertes officiellement par Christophe Colomb en 1492 portent le nom (ou plutôt le prénom) d’Amerigo Vespucci, un commerçant florentin au service des Médicis, contemporain du Gênois, lui-même navigateur à ses heures. Mais logiquement, le continent n’aurait-il pas dû s’appeler la Colombie, du nom de celui qui le premier y posa le pied et dont la découverte fut également pour la première fois attestée par des écrits ? Certes ! Seulement Colomb est mort en 1506 toujours convaincu que les terres qu’il avait ralliées étaient situées en Asie. Les quatre expéditions transatlantiques d’Amerigo Vespucci sur les traces de Colomb ne sont pas toutes connues. On sait en revanche que dans les lettres qu’il adressa dès 1503 à ses correspondants florentins, il fut le premier à mettre en doute la thèse asiatique et à évoquer un « nouveau monde ». Ces lettres ayant un caractère strictement privé, les choses auraient pu en rester là. Mais en 1507, un imprimeur lorrain du nom de Gauthier Lud décida de rééditer la « Cosmographia de Ptolémée », l’ouvrage géographique de référence de cette époque. Pour dessiner les nouvelles cartes du monde connu, il fit appel à un jeune géographe allemand, Martin Waldseemüller qui avait longtemps séjourné chez un de ses oncles imprimeur à Bâle. Ayant eu par le plus grand des hasards connaissance de la correspondance de Vespucci, c’est lui qui, pour rendre hommage au navigateur florentin, décida de nommer le nouveau continent « Americus » ou « America » sur une carte connue sous le nom de « planisphère de Waldseemüller ». Par la suite, sous le poids des critiques des partisans de Colomb, il tenta de rectifier ce nom. En vain ! « America » sonnait si bien que le nom fut adopté en quelques années par tous les explorateurs et tous les géographes. De nos jours, le gentilé (nom donné aux habitants d’un lieu géographique) « Américain/e/s» désigne aussi bien le nom des habitants des Etats-Unis que celui de ceux du continent. Pour ceux des Etats-Unis, le terme « Etasuniens » ou «Etats-Uniens», inspiré de l’espagnol « estadounidense », bien que très minoritaire, est admis par la plupart des dictionnaires. Le mot est cependant d’une laideur consommée et idéologiquement très connoté car très en usage dans les milieux anti-impérialiste et d’extrême-gauche qui affichent ainsi leur hostilité à la politique des USA. Ceux qui l’utilisent invoquent le fait que les Etats-Unis ne sont pas « toute l’Amérique ». C’est indiscutable ! Néanmoins, pour être cohérent, il ne faudrait plus dire non plus « Européens » pour les habitants de l’Union européenne qui eux non-plus ne constituent pas toute la population du Vieux Continent mais utiliser le mot « Unionien » … Absurde et saugrenu !