Achetons local, soutenons nos agriculteurs

Le lait équitable

Monique Misiego | Le débat sur le prix du lait ne date pas d’hier. Et le fait que les agriculteurs et agricultrices ne soient pas payés correctement pour leur travail non plus. En 2018, 643 familles paysannes ont arrêté la production de lait. Nous assistons à une baisse de 3,2% par année, ça peut paraître peu, mais au bout du compte, nous risquons bien de nous retrouver sans producteurs de lait ou du moins plus assez. Il reste actuellement en Suisse 19’568 producteurs de lait, contre 44’000 il y a 20 ans. La situation est alarmante.

Lait A ou Lait B ?

Les prix ont chuté et ne couvrent pas les coûts de production. Un producteur est payé aux alentours de 71 centimes pour le lait vendu sur le marché suisse alors que le coût de production tourne aux alentours de 98 centimes par litre. De plus. Les paiements directs ne suffisent pas à combler le manque à gagner Il existe en Suisse une segmentation du lait: le lait A, qui sert pour le marché suisse, est acheté aux producteurs et productrices 71 centimes, prix indicatif. Mais en réalité, il est souvent payé 5 à 10 centimes en moins car on déduit à ce prix indicatif les frais de transport, d’administration etc. Ce lait A, c’est le lait que vous retrouvez dans les briques de lait, les yaourts, le beurre de votre magasin. Le lait B, sert à la fabrication des produits qui seront exportés vers l’étranger, principalement vers l’Europe. Ce lait B est acheté bien moins cher aux producteurs et productrices, en moyenne dans les 38 centimes par litre de lait. Au final un producteur ou une productrice est payé en moyenne entre 50 et 55 centimes par litre de lait. C’est Anne Chenevard, agricultrice et productrice de lait, qui a eu l’idée de lancer cette brique de lait équitable. Une coopérative a été mise en place avec l’aide d’autres producteurs pour assurer à chaque producteur ou productrice un paiement équitable, selon certains critères, entre autres le bien-être de l’animal. Cette coopérative entend octroyer 75 centimes par litre de lait au producteur ou à la productrice, soit une augmentation de 25 centimes par rapport à la moyenne actuelle. Elle entend ainsi améliorer les conditions de travail des producteurs et productrices de lait en Suisse.

Comment fonctionne cette coopérative ?

Chaque coopérateur ou coopératrice s’engage sur une part sociale, en fonction de son litrage. Ensuite, chaque coopérateur-trice est rémunéré-e en fonction du nombre de litres de lait équitable vendus sur l’année et en fonction de son litrage engagé dans la coopérative. Chaque coopérateur ou coopératrice doit remplir un cahier des charges très précis. Tout producteur ou productrice de lait de Suisse peut devenir membre de la coopérative, moyennant une mise minimale de départ et le respect du cahier des charges. Qu’en est-il dans le reste de l’Europe? Le lait équitable suisse fait partie de la grande famille des laits équitables en Europe. En Autriche, cela existe depuis 2006. La Belgique, l’Allemagne et le Luxembourg ont débuté en 2011, la France et l’Italie fermant la marche en 2013. L’European Milk Board est une association représentative des intérêts des producteurs et productrices de 15 pays européens. C’est dire si le problème ne se situe pas qu’au niveau suisse. Pour le moment, on ne trouve sur le marché qu’une sorte de brique de lait équitable ainsi que 5 fromages de notre région, à savoir le Brie de Moudon, le Bourg Mignon, le Cœur de Moudon, le Saint-Etienne et le Reblochon, tous produits par la fromagerie Grand-Pré à Moudon. En ce qui concerne la brique de lait, elle est facilement reconnaissable car l’indication lait équitable figure en grand, ce qui n’est pas le cas des fromages où il faut être plus attentif.

Où peut-on trouver ce lait équitable?

Fromagerie Dorthe à Moudon – Le Nid d’abeilles à Forel – Boulangerie Duvoisin à Servion, Savigny, Attalens et Carrouge – Au petit Magaz à Mézières et à l’épicerie Le Rossignol à Montrepreveyres pour ce qui est de la région. La liste complète est disponible sur le site. On ne le dira jamais assez: achetons local, soutenons nos agriculteurs. Pour que l’argent gagné profite à celui qui a travaillé.

Pour tous renseignements complémentaires : www.faireswiss.ch