A propos de l’article « Les raisins de la colère »

Le Courrier du 7 novembre 2019

Yann Stucki, Oron-le-Châtel | Le milieu vitivinicole helvétique subit une conjoncture socio-économique complexe, c’est un fait. Mais dans l’article écrit par Madame Monique Misiego, une citation m’irrite au plus haut point: «Lors de la récolte 2018, les vignerons vaudois avaient l’espoir de jouer la partie face aux vignerons valaisans qui eux étaient défavorisés par le gel. L’augmentation escomptée n’a pas eu lieu, hélas.»

Comment peut-on dire ou écrire de telles inepties? Comment se réjouir du malheur potentiel de nos voisins et imaginer reconquérir des parts de marché de cette manière? Cette manière de penser, qui, j’en suis sûr, ne reflète pas la majorité du vignoble vaudois, est tout simplement détestable. Notre ennemi n’est pas notre voisin. Au contraire, c’est d’abord notre esprit de clocher, notre individualisme, nos difficultés à nous adapter à la nouvelle manière de consommer ainsi que notre incapacité à nous fédérer à l’échelle nationale qui mettent à mal le secteur vitivinicole. Bref rappel de ce que le canton de Vaud et la Suisse représentent sur la carte de l’Europe et du monde: pas grand-chose. Le canton de Vaud représente environ 3800 hectares de vignes, la Suisse moins de 15’000 hectares. A comparaison, le seul vignoble de l’Alsace équivaut à l’entier de la surface helvétique. L’Autriche possède 45’000 hectares. La France environ 750’000 hectares et l’Italie un peu moins de 700’000 hectares. Comment voulez-vous que l’on nous considère comme une destination de vin à part entière si l’on considère le canton, voire la région d’à côté comme un concurrent? N’imaginez-vous pas véhiculer un message négatif, prônant la division nationale alors que nous avons besoin plus que jamais de se serrer (et de lever) les coudes? S’il est certain que ce secteur d’activité se retrouve devant des défis conséquents, ne croyez-vous pas qu’il faille plutôt mettre notre énergie et nos moyens pour innover, métamorphoser nos structures afin de répondre à l’évolution de la consommation? Dans tous les cas, cela me paraît plus opportun que de lever les bras en l’air et d’ouvrir une bouteille lorsque le thermomètre indique moins de zéro degré dans le vignoble d’à côté…