80e Bol d’Or, airs lémaniques capricieux…

Les airs lémaniques sont capricieux et n’obéissent pas toujours aux prévisions météorologiques

Christian Dick   |  On entre à la Nautique avec ses employés, sa centaine de bénévoles, son service de sécurité comme dans une autre dimension. On ne participe pas au Bol comme à une régate de club. La liste est longue des objets à retirer, le numéro de course, les balises qui situent le voilier dans sa progression, l’attitude en cas d’urgence, les licences pour équipiers non licenciés, les bons pour les repas, la feuille de route ou les cadeaux.

On s’y prépare pour un samedi, une nuit et un dimanche de navigation, plus un jour ou deux pour le convoyage. Un bateau non éclairé, outre le danger qu’il représente pour lui-même et les autres, est pénalisé par le jury. La batterie est chargée, le plein de carburant fait, les habits de pluie, de chaud, de froid préparés. Il y aura à boire et à manger.

Le vendredi

Plus de 5 heures de convoyage au moteur, vendredi, autorisent une réflexion sur la vie, l’observation. C’est une chose intéressante.
On ne reconnaît pas Morges à son château, mais à ses blocs rectangulaires, des formes géométriques qui n’ont d’utiles que de situer la ville depuis le lac. Comme à Rolle, on ne devine le château que si l’on sait qu’il y en a un.
Le vent se manifeste un peu. Le Jura retient une longue bande de cumulus. A 10h15, ils franchissent la chaîne montagneuse. Si le vent se levait samedi, la trajectoire idéale passerait par le plus court, la côte française. Mais nos airs lémaniques sont capricieux et n’obéissent pas toujours aux prévisions météorologiques.
Vers 11h, les conditions de navigation sont idéales. Quelques navigateurs ont sorti leur voilier. Je me rapproche d’un concurrent, grand-voile établie, qui progresse lui aussi au moteur. La voile crée un vent apparent qui baisse la consommation d’essence ou fait gagner un peu de vitesse. Mais hisser seul une voile et l’amener à la Nautique alors que les airs peuvent encore changer constitue-t-il un avantage? Je n’en étais pas certain.
La côte se rapproche dans le Petit-Lac. Les magnifiques demeures se suivent. La nature y est souvent préservée. Notre volonté de civiliser à outrance, comme le voudrait par exemple l’initiative «Rives du Lac», devrait s’imposer des limites…
Le chantier d’agrandissement du port accolé à la future plage des Eaux-Vives avance. Un garde-port m’amène à un chenal avec instruction d’amar-
rer à couple. Nous sommes déjà une vingtaine sur deux co-
lonnes. Il en viendra encore 40.

Samedi 10h moins quelques minutes avant le départ

Départ samedi pour une régate stratégique

Samedi au briefing, les organisateurs annoncent une régate «stratégique». Sur 559 équipages inscrits, il n’y en aura que 186 à franchir la ligne d’arrivée. Dès 8h30, les voiliers quittent les uns après les autres leur place. A défaut, aucun des concurrents suivants ne peut sortir.
A 10h, le coup de canon retentit, couvert par le bruit d’un hélicoptère survolant la zone, à peine entendu à l’extrémité de la ligne de départ qui s’étend sur la presque totalité de la largeur du lac. Chacune de ses quatre zones est attribuée à une catégorie de voiliers similaires. Les multicoques ont leur propre ligne en amont.
Après une régate «stratégique», le Bol d’Or revient à Mobimo après 14:14:02 de course, un D35 barré par Christian Wahl qui rejoint le record des participations victorieuses avec Philippe Stern, Philippe Dürr et Pierre-Yves Jorand. Il est suivi par Okalys Youth Pro-ject, un autre D35 barré par Arnaud Grange accompagné de tout jeunes talents, puis par Ylliam-Comptoir immobilier, encore un D35, barré par Bertrand Demole qui ne bat Alinghi que d’une minute, tous à moins de 50 mètres peu avant l’arrivée, c’est dire si la victoire se mesure à peu de choses.
TBS, le premier monocoque magnifiquement barré par François Thorens, a franchi la ligne d’arrivée après 17:30:57 de navigation. Longtemps deuxième, il s’est imposé au retour à l’entrée du Petit-Lac, battant ainsi le Libera hongrois de 21 minutes.
En classe TCF4, la nôtre, seuls 4 concurrents ont franchi la ligne d’arrivée sur les 58 inscrits. En Surprise, la série la plus représentée au Bol avec plus de 120 inscriptions, 94 unités n’ont pas été classées.

Quand on parvient à la barge du Bouveret dimanche au petit matin, encore 20e sur 58 dans la classe, les chances d’arriver avant 17h sont presque nulles. Et le vent allait encore tomber. Ce fut néanmoins une expérience extraordinaire, une belle aventure et un boulot d’équipe formidable.

Ami lecteur, c’est ce que je souhaite à chacun d’entre vous.

Dimanche… le Bouveret au petit matin

Dimanche… le soleil fait enfin son apparition

Safram barré par Christophe peclard, 5e en temps réel