18’000 années d’histoire en quelques cailloux

Visite historique à Monthey avec l’Association ProLavaux

La Pierre des Marmettes, plus grand bloc erratique de Suisse, surmontée de la maisonnette (vers 1850) du garde champêtre du vignoble

Jean-Gabriel Linder | A la dernière grande glaciation sur notre continent, le glacier du Rhône débordait largement sur une région allant de Soleure à Aix-les-Bains, voire jusqu’à Lyon, avec une épaisseur pouvant atteindre 2000 mètres. A cette même période, des blocs de granite du Val de Ferret s’éboulaient sur un glacier dans le massif du Mont-Blanc; ces blocs furent transportés – d’où leur nom de «blocs erratiques» –, au rythme de la glace, jusque dans la vallée du Rhône. Il y a 18’000 ans, lors du retrait du glacier du Rhône, ils se déposèrent sur la moraine océanique et le sol de calcaire, à hauteur de Monthey après avoir parcouru près de 50 kilomètres. Ces blocs de granite, «étrangers» à la région, constituèrent longtemps une énigme pour les scientifiques, jusqu’au début du XIXe siècle lorsque Jean de Charpentier, géologue directeur des salines de Bex, et Jean-Pierre Perraudin de Lourtier, paysan montagnard et fin observateur, attribuèrent le déplacement de ces blocs aux mouvements des glaciers. C’est sur le plus grand bloc erratique de Suisse, la Pierre des Marmettes, à côté de l’hôpital de Monthey, qu’a commencé la balade historique sur un sentier didactique, le «Chemin des blocs erratiques», conduite par Armand Favre, guide du patrimoine de Monthey tourisme, à l’invitation de l’Association ProLavaux – AVL et d’Armand Deuvaert, cette fin septembre. A l’instar du vignoble de Lavaux, accroché sur les pentes lémaniques aussi creusées par le glacier du Rhône, la ville de Monthey a connu, sur les pentes qui la dominent, un vignoble dont la surface était de 54 hectares au début du XXe siècle; il disparut presque entièrement – n’en subsiste que 10% – notamment à cause de la maladie du phylloxéra. Une maisonnette érigée sur la Pierre des Marmettes, vers 1850, aurait appartenu au garde champêtre qui veillait alors sur ces vignes. Plus loin le long du sentier didactique, la Pierre à Dzo (mot du patois qui signifie «perché en équilibre instable») menace le chemin de fer et la ville de Monthey en contrebas. Suit la Pierre du Muguet. Ces trois énormes blocs erratiques sont les derniers témoins conservés de ce phénomène glaciaire, grâce aux efforts conjoints de la Confédération, du canton du Valais, de la commune de Monthey, de la Société helvétique des sciences naturelles ainsi que de donateurs. Leur sauvetage avait été suscité dès 1867 par le géologue suisse Bernard Studer. Pourtant, jusque dans les années 1950, les blocs erratiques concentrés dans la région de Monthey-Collombey ont été continuellement systématiquement exploités par des carriers graniteurs italiens venus du Piémont, et débités sur place – le vacarme des marteaux et des burins s’entendait néanmoins jusqu’au centre de Monthey –, pour servir à la construction ainsi qu’en attestent dans Monthey les nombreux murs, encadrements de fenêtres ainsi que les deux spectaculaires colonnes d’inspiration toscane soutenant le porche de l’église; ces monolithes de 17 tonnes avaient été taillés dans la montagne et descendus en plaine, en 1855: ce que les participants à la balade historique ont pu observer, en préambule au parcours sur le chemin des blocs erratiques. Autant d’intéressantes découvertes invitant à visiter Monthey et sa région.

Les participants au pied de la Pierre des Marmettes, plus grand bloc erratique de Suisse